Qui nous fera voir le bonheur (Ps 4) Enregistrer au format PDF

Lundi 16 octobre 2017 — Dernier ajout samedi 16 juin 2018
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« Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de L’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur, car le jour où tu en mangeras, tu devras mourir ». (Gn. 2, 16)

Toute notre vie nous cherchons à connaître le chemin qui nous conduirait au bonheur afin de nous y engager et celui, encore plus obscur qui nous conduirait au malheur afin de l’éviter.

Et pourquoi donc dans le mythe du Jardin d’Eden, Dieu pose-t-il cet interdit ? Serait-il dangereux pour l’homme de vouloir connaître la source du bonheur et du malheur ? Personne ne peut nous faire voir le bonheur, car c’est chacun qui porte en lui la capacité, quoi qu’il arrive, de faire son bonheur ou son malheur. Cela ne peut être le fruit d’un quelconque arbre de la connaissance qu’il soit philosophique, théologique ou spirituel.

C’est comme si j’avais deux loups à l’intérieur de moi ; le premier est bon et ne fait aucun tort, ni à moi ni aux autres. Il vit en harmonie avec tout ce qui l’entoure et ne s’offense pas lorsqu’il n’y a pas lieu de s’offenser. Ce bon loup s’appelle bonheur. Mais l’autre loup, Ahhh… ! Il est plein de colère. Il montre souvent ses crocs sans qu’on en voie toujours la raison. Pas étonnant qu’il ait peu d’amis. Ce méchant loup s’appelle malheur. Selon que je choisis de nourrir en moi le bon loup ou le méchant loup, je fais moi-même mon propre bonheur ou mon propre malheur.

Et connaissez-vous ce conte chinois ? Un paysan très pauvre, veuf, n’avait que son vieux cheval et son fils unique. Un jour, son cheval disparut. « Voilà un grand malheur ! » disaient ses voisins –« Peut-être, mais les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent » répondait-il. Trois jours plus tard son cheval revient, accompagné de trois autres chevaux sauvages. Ses voisins l’envièrent : « Quelle chance tu as ! » - « Sans doute, répondait-il, mais les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent ». Son fils se brisa une jambe en montant un des chevaux sauvages. Les voisins dirent : « quelle malheur ! ». « Certes, mais les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent » répondit une nouvelle fois le paysan. Et voici qu’une guerre éclate avec la principauté voisine. Le roi demande à tous les jeunes en âge de combattre de rejoindre la capitale. Le fils du paysan en est exempté à cause de son accident et échappe ainsi à une mort certaine. « Quelle chance tu as ! » disent les voisins au vieux paysan. »

Gardons-nous donc de chercher la source de notre bonheur ou de notre malheur, du bien ou du mal, dans ce qui nous arrive,car « les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent » et d’un malheur peut naître un bonheur. Etre humain c’est consentir à vivre avec des connaissances limitées. Je ne connais pas l’avenir, c’est pourquoi je vis dans la confiance. « Le bonheur n’est pas de ce monde » c’est pourquoi je l’espère. Je ne peux pas goûter à tous les fruits de tous les arbres de la terre, c’est pourquoi je savoure ceux que m’offrent les arbres de mon jardin. Je résiste à la tentation de manger du fruit de la connaissance et de la maîtrise du bonheur et du malheur et j’entre dans le discernement risqué que Dieu me propose : « Vois : je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur ….Choisis la vie ainsi tu seras heureux » (Deut 12, 28)