Miracle de la fraternité Enregistrer au format PDF

Dimanche 4 novembre 2018 — Dernier ajout lundi 5 novembre 2018
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A quimper, rue Jean Jaurès, le Secours catholique a ouvert un Café Solidaire, baptisé « Ti an Dour ». On y sert cafés et autres boissons non alcoolisées. Deux ou trois bénévoles se relaient tous les jours pour accueillir et servir les isolées, les S.D.F, les migrants et toute personne qui veut faire une pause.

Voici l’invitation affichée à la porte : Toi qui es seul(e), entre, ici tu trouveras la chaleur d’une famille Toi qui es perdu(e), entre, ici tu trouveras ton chemin Toi qui es découragé(e), entre, ici tu trouveras sourires et mains tendues Toi qui as soif d’amitié, entre, ici coule l’eau vive de la fraternité Toi qui cherches de l’aide, entre, ici on s’entraide Toi qui veux donner et recevoir, entre, ici est la maison du partage Toi qui veux parler, entre, ici tu trouveras une oreille pour t’écouter Toi qui ne veux pas parler, entre, ici ton silence sera respecté Toi qui te sens inutile, entre, ici quelqu’un a besoin de toi. J.S.

Tous les mercredi après-midi un partage autour d’un texte d’Evangile est proposé à ceux qui le désirent. Ce mercredi-là en entrant dans le café, je suis frappée par un Africain, seul dans son coin devant sa tasse de café, tête baissée, l’air accablé. Appelons-le Christophe. Le moment venu de passer au partage d’Evangile, il se lève et se rend avec quelques autres dans le local prévu à cet effet. Nous sommes 8 participants, très divers quant à la situation, l’âge, la culture et la foi.

Ce jour-là nous relisons ensemble la scène du paralysé de Bethzatha (Jean 5) « Jésus le vit couché ». Depuis 38 ans il est là, replié sur lui-même, découragé, prostré. Il attend que quelqu’un, pris de pitié, le plonge dans l’eau au moment où elle commence à s’agiter ! Ce n’est pas ce que fait Jésus. Jésus ne lui donne pas ce qu’il attend. Jésus n’est pas un magicien. Il lui demande d’abord s’il veut guérir. Non pas être guéri, mais guérir. Comme si sa guérison dépendait en partie de lui. Puis il lui dit seulement une parole : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ». Et voici que le regard et la confiance de Jésus lui donnent de trouver en lui-même la force de se lever et de marcher. Il ne lui dit pas de laisser là son grabat, mais de marcher en portant son grabat.

paralytique-piscine-de-Bethesda

Christophe, qui jusque-là n’avait pas pris la parole, nous dit en essuyant une larme : « C’est moi ça ! Ce paralysé c’est moi. Je suis découragé, déprimé, je suis couché comme lui. Je dois attendre 9 mois avant de renouveler mes papiers. Et pendant ce temps-là, là-bas, mes 5 enfants attendent l’argent pour manger et aller à l’école. Mais je n’ai plus un sou. A midi je vais au C.C.A.S et le soir quelqu’un me donne un toit. Alors je suis ce paralysé et c’est à moi que Jésus dit : « Prends ton grabat et marche ». Mais je n’arrive plus à prier.

Silence ému ! Puis spontanément chacun(e) dit une parole pour l’aider à se « relever » « Je suis à Horizons nouveaux », je vais demander un rendez-vous pour toi ! « Je n’habite pas loin de ton lieu d’hébergement, je passerai te voir ! « Le secours catholique organise un voyage à Océanopolis pour 2 euros, si tu es libre viens avec nous ! -« Oui mais il n’a pas 2 euros » dit l’un - « on s’arrangera » dit l’autre.

On voyait Christophe se redresser peu à peu. « Je veux profiter de ces 9 mois pour faire quelque chose de bien » dit-il. Chacun est alors invité à nommer son « grabat » et nous avons terminé en écoutant le chant : « Lève-toi et marche ! ».

africain

Comme d’habitude, nous revenons prendre un café dans la partie bar. Christophe, souriant, redressé n’était plus le même ! Les deux bénévoles de service, entendant parler d’ « horizons nouveaux », proposent plutôt de s’adresser à la Cimade, une association pour la prise en charge des migrants. Un des bénévoles, migrant lui-même et membre de cette association, dialogue avec Christophe et lui promet de s’occuper de son cas, tandis que l’autre lui donne les informations pour Océanopolis. « Maintenant que je te connais, j’irai vers toi. Et je prendrai un casse-croûte pour deux ! »

Ce jour-là, à Ti An Dour (la maison de l’eau), comme à la piscine de Bethzatha, nous avons vécu le miracle de la fraternité.

Un participant dit en partant : Je ne savais pas qu’avec l’Evangile on pouvait aller si loin !