La résurrection de Lazare (Jn 11, 1-45) Enregistrer au format PDF

Mercredi 25 mars 2020
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L’Évangile de la messe du 5e dimanche de carême, propose la résurrection de Lazare à notre méditation en ces temps de lutte contre la maladie du coronavirus et ses menaces de mort.

Lazare avait 2 sœurs, Marthe, et Marie, celle qui dit à Jésus : « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Devant la mort de son ami, Jésus se montre impuissant. Devant sa propre mort qui s’annonce, il fera de même : il n’empêchera pas ses ennemis de le condamner. Il ne choisira pas d’échapper à la condition mortelle commune. C’est de la libre acceptation de sa condition humaine et de sa mort que Dieu fera surgir une vie nouvelle.

La mission du Christ n’est pas d’empêcher les gens de mourir. Il vient souffrir avec eux, souffrir et mourir comme eux, traverser avec eux ces épreuves redoutables de la condition humaine. Même son ami Lazare, il ne l’a pas empêché de mourir. Marthe et Marie ne le comprennent pas. Beaucoup réagissent comme elles et leur entourage, devant la question du mal et de la mort ou encore devant certaines catastrophes – météorologiques, sanitaires ou autres - et cela peut faire obstacle à la foi. Beaucoup ont du mal à quitter une vision magique de Dieu. Cependant, si la toute puissance de Dieu se manifestait en intervenant sans cesse pour empêcher tous les malheurs, ne pourrait-on pas lui faire d’autres reproches : notamment celui d’avoir créé des marionnettes reliées par des multitudes de fils invisibles à un Dieu grand magicien, guérisseur infaillible ? 

Saint Jean nous laisse entendre que c’est volontairement que Jésus n’avait rien fait pour sauver son ami. Les deux sœurs lui avaient envoyé dire : celui que tu aimes est malade. Volontairement il était demeuré deux jours à l´endroit où il se trouvait… À chaque événement, à chaque rencontre, Jésus invite ceux qu’il guérit, ainsi que ses disciples et les foules, à changer radicalement leur manière de comprendre la religion, la maladie, l’infirmité, et maintenant la mort, et surtout à se comprendre eux-mêmes. 

Jésus ne réagit pas avec la froideur d’un maître à penser, ou la suffisance d’un mage guérisseur, mais avec l’émotion qui envahit tout être humain devant la mort d’un ami et la douleur de ses proches.

On voit Jésus rendre grâce. Un pari de confiance sur l’amour invincible du Dieu de la vie. Action de grâce par avance, comme il le fera lors de la Cène, avant d’être livré et de mourir lui-même. Puisque Dieu est capable de faire surgir la vie, il est capable de ressusciter des morts. C’est ainsi que prient aussi les chrétiens aujourd’hui encore. Ils osent bénir et rendre grâce devant la détresse et la mort. Défi d’espérance et de confiance. 

Le texte nous dit que Jésus a crié d’une voix forte : ’’Lazare, viens dehors’’. Un cri qui vient des profondeurs de la détresse humaine. Un cri de protestation devant ce qui paraît insupportable, sa propre mort inéluctable, celle des autres, de ses proches. Jésus porte dans son cri tous les cris de ses frères en humanité. Un cri qui s’adresse à Lazare. Un cri que Dieu adresse à chacun par la voix du Christ. Un cri de résurrection qu’il a adressé à tant de personnes rencontrées, enfermées dans les tombeaux de leur malheur : lève-toi, relève-toi, prends ton grabat et marche, étends ta main malade, confiance, n’aie pas peur, va en paix, sois guéri de ton mal, ouvre-toi, parle, suis-moi…

lazare leve toi

Et vient enfin la parole qu’il adresse à ceux qui l’entourent. « Déliez-le et laissez-le aller ». Ce mort qui sort du tombeau, pieds et mains liés, le visage voilé, est comme la figure de la vieille humanité, empêtrée dans ses liens, dans la profondeur de ses nuits.

Quelle est donc cette vie autre qui attend l’homme ? Où est cet ailleurs qui l’appelle à vivre au-delà du suaire qui l’enveloppe, qui ligote ses mains ? Quelle est cette vie éternelle où la mort est définitivement vaincue ? Et de quelle mort s’agit-il ? De la mort corporelle ? Non. Le corps de Lazare s’est retrouvé plein de vie, réanimé, mais il n’est pas dit qu’il en est devenu immortel, qu’il n’est pas décédé par la suite, comme tout être humain. Jésus lui-même va mourir et sa mort ne sera pas un simulacre. Peut-être s’agit-il alors de la mort de tous ceux qui vivent leur humanité dans toutes sortes de tombeaux et de prisons. De la mort spirituelle qu’est le péché aussi, l’éloignement de Dieu. 

Il s’agit de toutes ces morts dont le Christ est venu délier l’humanité. Ces morts déjà vaincues chaque fois qu’un aveugle se met à voir, qu’un pauvre se met à espérer, chaque fois que ceux qui pleurent sont consolés, ceux qui tombent sont relevés, cette mort qui recule lorsque la vie de Dieu s’épanouit dans la vie des hommes. Extraits des homélies de Michel Scouarnec.

Les homélies de Michel Scouarnec sont disponibles sur internet toutes les semaines à partir du lundi  : Google – Homélies de Michel Scouarnec.