La réponse est dans ton coeur Enregistrer au format PDF

Mardi 5 février 2019
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Sujet de notre partage au Café Solidaire : la prière.

Christophe met en doute la parole de Jésus : « Demandez et vous recevrez ». Il est divorcé et son ex-femme est en fin de vie. « Pouvez-vous me dire pourquoi je continue à prier pour qu’elle guérisse, alors qu’on ne se voit plus et je sais qu’il n’y a plus d’espoir ? » lance-t-il d’un ton légèrement provocateur. Suit un long silence, quand, tout à coup, presque joyeux, Christophe reprend la parole : « En vous posant la question je crois que j’ai trouvé la réponse : Si je m’arrêtais de prier, c’est la haine qui envahirait mon cœur, ou bien l’indifférence. Par la prière, ma femme existe encore pour moi et je comprends que je l’aime toujours ».

article jeanne

C’est dans le silence qui a suivi sa question que Christophe a vu clair dans le dédale obscur de ses contradictions et qu’il a trouvé lui-même, la réponse à sa question. C’est dans ce court moment de silence que sa question lui est revenue comme en écho et qu’il a pu lui accorder une hospitalité intérieure. Sa réponse, il l’a trouvée au fond de lui, là où s’était tissées son histoire et la complexité de sa relation avec sa femme. Jusque là confuse, inarticulée, la réponse lui est alors apparue comme une évidence. Mais pour cela il fallait que chacun d’entre nous renonce à la prétention de savoir à sa place.

Nous cherchons souvent réponse à nos questions près de quelqu’un qui est supposé en connaître la réponse. L’élève s’adresse au professeur, l’enfant à l’adulte, le fidèle au prêtre, le disciple à son maître, celui qui veut approfondir sa foi au théologien, la personne en difficulté à un bénévole du Secours catholique. Et si nous sommes un de ces supposés spécialistes, nous pensons qu’il en va de notre crédibilité de trouver une réponse et de la donner. Quand quelqu’un cherche solution à son problème, notre réaction première n’est-elle pas l’évaluation immédiate de la situation, et la tentation de lui donner quelques conseils quand ce n’est pas la solution toute faite, celle qui s’impose à nous dans ce cas-là, oubliant que seule l’adhésion intérieure conduit à l’autonomie et fait grandir en dignité.

Dans l’évangile quand quelqu’un lui pose une question (souvent pour lui tendre un piège), Jésus ne lui renvoie-t-il pas sa question pour qu’il trouve lui-même sa propre réponse ?

Acceptons le silence du non-savoir. Effaçons-nous devant le travail intérieur que l’Esprit poursuit dans la vie de chacun. Évitons l’écueil de nous substituer à l’autre pour lui dire ce qu’il doit être, ce qu’il devrait faire. Ramassons nos explications et nos solutions, notre prétention de savoir ce qui est le meilleur pour l’autre. Il suffit parfois d’entendre, dans un silence respectueux, les sanglots de « l’enfant » étouffés sous des paroles convenues, des défenses qui cachent la peur ou la colère. Soyons les sauveteurs qui libèrent, avec mille précautions, la vie enfouie sous les décombres d’une existence démolie par trop de malheurs. Soyons comme la sage-femme qui assiste dans l’émerveillement à l’accouchement d’une vie nouvelle. Accueillons son cri au bout d’un long et parfois douloureux chemin vers la lumière.

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