Heureuses blessures Enregistrer au format PDF

Mardi 14 avril 2020
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Ce n’est pas à la splendeur, à l’éclat de son visage, ni à son pouvoir d’entrer dans les maisons toutes portes verrouillées que Jésus a réveillé la foi de ses disciples, mais en les invitant à contempler ses plaies.

« Après sa résurrection, Jésus n’a plus voulu être touché que par ses plaies » (Pascal) « Tout en parlant il leur montra ses mains et son côté » (Jn 20, 20) « Il leur montra ses mains et ses pieds » (Lc 24, 40) Alors qu’il avait demandé à Marie Madeleine de ne pas le toucher, Thomas l’incrédule, aura le privilège d’enfoncer sa main dans la blessure de son côté. « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté » C’est à la fraction du pain, signe de son corps brisé, livré, que les deux disciples qui s’en allaient tout tristes vers Emmaüs l’ont, reconnu. « Il prit le pain, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent » (Lc 24, 31)

« Notre Seigneur n’aurait pas pu ressusciter sans ses cicatrices, a écrit saint Augustin, car il voyait dans le cœur de ses disciples, des blessures que devaient guérir ces cicatrices qu’il avait gardées dans son corps ». Quelles blessures Jésus voyait-il dans le cœur de ses disciples ? Celle de la peur de se voir assassiner comme leur maître : toutes leurs portes étaient verrouillées. Confinement volontaire ! Celle d’un profond désespoir devant la mort de leur ami, lui pour qui ils avaient tout quitté. Celle du remords de leur lâcheté, et de leur trahison : ils l’avaient abandonné face à la haine de ses ennemis et la cruauté de ses bourreaux. Il était mort entre deux bandits. Celle de la honte de Pierre qui avait juré de mourir avec lui. « Lui dont les blessures nous ont guéri » a-t-il écrit plus tard, lui dont les blessures de son reniement restaient inscrites dans sa mémoire (1 P 2, 24). Celle de l’humiliation qui les avait saisis face à celle dont avait été victime leur maître et leur Seigneur. Face aux « meurtrissures » qui avaient atteint sa dignité d’homme. Par ses blessures Jésus a voulu faire passer ses disciples d’un amour qui est une force, à « un amour qui est une blessure » Peut-on parler de force quand il s’agit d’amour, seule chose qui ne peut se forcer ? Il veut manifester à ceux qui doutent sa compréhension et son amitié.

Disciples de Jésus ressuscité, ne craignons pas de lui exposer nos blessures et nos fragilités : blessures d’enfance, blessures reçues de tous les coups de la vie, des autres, de nos propres lâchetés. Certaines blessures sont douloureuses, profondes, d’autres superficielles mais qui pourraient s’infecter ; certaines très anciennes et mal cicatrisées d’autres plus récentes, sans oublier les blessures fraternelles dues au confinement.

Jésus n’a aujourd’hui, sur cette terre d’autres mains et d’autres pieds, d’autre côté transpercé que ceux des hommes et des femmes blessés dans leurs chairs meurtries, dans leurs esprits troublés, dans leur cœurs en mal d’amour. C’est en eux que sa personne prend un visage terrestre, qu’il est visible et tangible. « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). C’est en aidant nos frères humains à porter leurs croix que nous le touchons du doigt. En ces temps de privation sacramentelle, il est bon de nous souvenir que les premiers chrétiens en parlaient comme du « sacrement du frère ».

blessures 10

Nos portes sont peut-être verrouillées, mais Jésus vient, se tient au milieu de nous et nous dit : « La paix soit avec vous ». Ce n’est pas malgré nos blessures, mais c’est à l’intérieur de nos blessures, de nos fissures, de nos handicaps que l’Esprit de Jésus travaille pour en faire jaillir la vie : « Si la blessure se refermait par où viendrait à jour la source ? Si la blessure se refermait, par où serait donné le baiser ? Si la blessure se refermait, par où serait touché le cœur ? (Geneviève Esmenjaud)

« Quand nous nous tiendrons devant Dieu ce ne sont pas nos médailles qu’il regardera mais nos cicatrices » (Jean Debruynne)

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