Des mots pour le dire Enregistrer au format PDF

Lundi 25 février 2019
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Participation, Echanges, débat, dialogue, relecture, propositions : autant de mots souvent prononcés ces temps-ci et qui nous invitent à nous rassembler pour parler. « Chacun est invité à dire librement ce qu’il vit, ce qu’il pense, ce qu’il propose pour un avenir meilleur, plus fraternel » : Invitation chaleureuse au début de nos partages et qui est supposée réduire toutes les peurs devant la prise de parole. Mais entre ce que je pense, ce que je ressens et ce que je vais dire, il y a le discernement de ce qu’il convient de dire, ici et maintenant, dans le respect de moi-même et des autres. Vais-je ouvrir, ou entrouvrir les barrières de mon jardin secret ? N’en ai-je pas perdu les clefs ? Si je « prends la parole » trop vite, là sur le chaud, n’est-ce pas plutôt la parole qui va me prendre et m’emporter au-delà de ma pensée ou à côté ? « Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche » (Ps 140,3)

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Mes pensées et mes sentiments, mes désirs et mes rêves les plus fous, mes doutes et mes raisons d’espérer sont bien au chaud au fond de moi, dans leur absolue nudité. Avant de les laisser s’envoler, il faut les habiller de mots et ma « garde-robe » est plus ou moins garnie ! Comment ma pensée personnelle, corsetée dans les mots communs à tous pourra-t-elle exprimer le message unique dont je suis porteur ?

Les verbomoteurs se précipitent sur la parole, car c’est en parlant qu’ils trouvent leurs mots. D’autres ne peuvent parler qu’après avoir trouvé leurs mots pour le dire. Ceux-là sont heureux d’entendre : « Nous allons prendre trois minutes de silence pour que chacun(e) pense à ce qu’il(elle) veut dire ». Certains verbomoteurs feraient bien d’en profiter aussi pour ajuster leur parole à leur pensée et éviter de polluer les échanges par leurs diarrhées verbales. Sans compter que ce manque de contrôle peut laisser s’échapper une parole qui conduit souvent son auteur à s’en mordre les doigts. Parfois nous sommes heureux de pouvoir dire avec le psalmiste : « Mes pensées n’ont pas franchi mes lèvres » (ps 16,3) Devant les réactions provoquées par la parole que nous avons risquée, il nous est arrivé de reconnaître, d’un ton déçu : « Ce n’est pas ce que je voulais dire ». La tentation est alors grande de se retirer de la conversation en lançant un « Je me comprends ! » boudeur. De là à décréter : « Personne ne peut me comprendre », il n’y a qu’un pas, suivi bientôt d’un retrait définitif : « je n’ai rien à dire ».

N’oublions pas que la difficulté de communiquer est la condition normale en humanité et la communication réussie, la miraculeuse exception. Il dépend de nous que ce miracle survienne plus souvent au cours de nos échanges.

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La parole dite et la parole reçue ne coïncident jamais tout-à-fait. A nous de faire de cette infirmité de la communication, un atout pour déployer et enrichir nos échanges. Les explications, parfois nécessaires, dissipent les malentendus, approfondissent la réflexion et conduisent à l’exploration de nouvelles avenues. Innombrables sont les trésors enfouis dans les plis de nos pensées et de nos désirs ! Quand la confiance a balayé toutes nos peurs, nous pouvons nous ex-pli-quer, c’est-à-dire exposer ce qui se cache dans les plis. Alors se vérifie, devant Dieu et entre nous, le verset 15 du Psaume 18 : « Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon cœur ».

Délions nos pensées prisonnières de nos peurs, habillons-les de mots bien choisis, aussi ajustés que possible, elles se transformeront alors en paroles qui ne demandent qu’à s’envoler pour la belle aventure d’un dialogue, d’une conversation ou d’un partage. Parler est un acte de dé-maîtrise. Ma parole sera-t-elle accueillie, contredite, rejetée ? Laissons-là cheminer à la rencontre d’autres paroles. Elles vont s’apprivoiser, se confronter se conjuguer pour bâtir ensemble une solide fraternité. Et n’oublions pas de les accompagner d’un sourire, qui ouvrira les portes les plus verrouillées, sans jamais les forcer !