Au cœur de la Fraternité : le respect Enregistrer au format PDF

Jeudi 26 septembre 2019 — Dernier ajout lundi 21 octobre 2019
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Respect vient du latin speculum : miroir. Respicere : regarder derrière le miroir. Respect rime avec aspect. Respecter l’autre c’est deviner, percevoir, à force d’attention bienveillante, la part invisible qui se cache derrière l’aspect que son miroir offre à nos yeux. « A présent nous voyons dans un miroir et de façon confuse, mais alors ce sera face à face. A présent ma connaissance est limitée, alors je connaîtrai comme je suis connu. » C’est ainsi que Saint Paul conclut son hymne à l’amour (I Cor. 13,12)

miroir

Respecter la personne qui est là devant moi, qui vit ou travaille avec moi, c’est d’abord ne pas la réduire à son aspect. Nous pouvons nous côtoyer, vivre ensemble sans voir, derrière les multiples jeux de miroir, le vrai visage de chacun(e) enveloppé dans le profond mystère de sa personne. J’ignore son passé, les événements heureux et malheureux qui ont tissé son être de chair et de sang.

Respecter la personne qui est là devant moi c’est lui accorder une confiance inconditionnelle, c’est croire, sans preuve, qu’elle est, comme moi, autre que ce à quoi son aspect tend à la réduire. C’est « s’arrêter devant l’autel de sa conscience » (Jean-Paul II).

Respecter la personne qui est là devant moi, c’est attendre qu’elle entrouvre la porte de son monde intérieur, m’approcher sur la pointe des pieds, me déchausser, comme Moïse devant le Buisson Ardent qui brûle sans se consumer. « Tout homme est une histoire sacrée ». Ce qui est sacré est séparé, mis à distance, hors de portée. On le vénère mais on ne le touche pas. Le respect nous donne ce recul, cette distance nécessaire pour mesurer l’épaisseur humaine de ceux qui vivent à nos côtés. C’est pourquoi le plus difficile c’est de respecter nos proches. Nous entrons parfois chez eux sans frapper. Ils sont si proches que nous croyons tout savoir de leur « avant » et de leur « après », de leur passé et de leur avenir. Plus besoin de « s’il te plait » car je sais ce qui te plait et surtout ce qui te déplaît. Respecter les aînés c’est percevoir, derrière leurs miroirs embués, parfois déformants, les éclats de vie qu’ils nous offrent, à distance.

inspiration-respect

Respecter la personne qui est là devant moi, c’est croire qu’au-delà de son aspect parfois ingrat, elle est une promesse vivante, un extraordinaire possible qui n’attend qu’un regard où s’écrit la confiance pour accoucher du meilleur d’elle-même. La respecter c’est l’accueillir, sans aucune assurance qu’elle tiendra sa promesse, ayant foi en la vie qui en chacun de nous se fraye un chemin « dans le soleil ou le brouillard ».

Respecter la personne qui est là devant moi c’est aussi lui reconnaître un désir, un avenir tout aussi invisible et secret que son « passé ». Chacun d’entre nous a le sentiment, qu’au-delà de son aspect présent, au-delà de ce que les autres peuvent percevoir, celui qu’il désire être, celui qu’il s’efforce d’être, c’est un peu lui aussi, en devenir, en pointillés. Pourquoi est-il si difficile d’accorder cette même grâce aux autres ? Dans sa fable la Besace, La Fontaine nous répond : « Le créateur fit pour nos défauts la poche de derrière, et celle de devant pour les défauts d’autrui ».

« Dans et par l’Esprit du Christ, nous avons la possibilité d’accepter quiconque vient à nous, avec le vrai respect qui est au cœur de l’amour » Peter Van Breemen (orientation P.5)

respect et fraternté

Au cœur de la fraternité le respect. Au cœur du respect la confiance.