Aller vers… autrement Enregistrer au format PDF

Jeudi 19 mars 2020
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Un ennemi invisible, insaisissable nous menace à toute heure et en tous lieux. Vivons ce temps avec gravité et légèreté. Avec gravité car l’heure est grave. Avec légèreté, parce que sans légèreté la gravité est insupportable. Privées de nos activités extérieures et de nos liens habituels, serons-nous capables de solitude intérieure, de cette solitude qui n’isole pas mais qui rapproche et qui fonde la fraternité. C’est dans la solitude que s’inventent les chemins nouveaux et que se prépare la communauté.

Nous voici donc arrêtées dans notre élan vers les autres. Et si nous faisions de cet arrêt, de cette immobilité forcée une occasion d’« aller vers… soi-même ». Loin des fausses urgences, peut-être nous sera-t-il donné de découvrir cette contrée encore peu explorée où il nous arrive de croiser l’inconnue que nous sommes à nous-mêmes. Gabriel Ringlet nous assure qu’il y a du bonheur à « descendre loin en soi ».

Ce confinement peut être aussi l’occasion, pendant quelques semaines, de quitter sans regret certaines habitudes et obligations pesantes, pas toujours bienfaisantes. Ce « restez chez vous » sans cesse martelé par les responsables sanitaires et politiques, exige attention les unes aux autres, respect des espaces personnels et des besoins de chacune. On redécouvre les joies d’une totale présence, d’une écoute inconditionnelle, d’échanges plus informels. Des complicités étouffées par l’usure du banal quotidien se réveillent. Des liens qu’on croyait distendus se resserrent.

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Et n’oublions pas ceux qui venaient vers nous dans nos lieux d’accueil pour rompre leur solitude ou vivre un temps de fraternité ; ni ceux vers qui nous allions. Saurons-nous inventer d’autres chemins pour aller vers eux, d’autres manières de manifester notre amitié ?

Voici une jolie histoire. Un soir la tortue décide de s’en aller faire un tour dans la nuit. Le crapaud qui la voit lui dit : « Quelle imprudence de sortir à pareille heure ! ». Mais la tortue continue. Elle fait un pas plus long que l’autre et se retrouve sur le dos. Le crapaud s’exclame : « je te l’avais bien dit, c’est une imprudence et tu vas y laisser la vie. » Délicieuse et les yeux pleins de malice, la tortue lui répond : « Je le sais bien, mais pour la première fois, je vois les étoiles ».

Prudence et obéissance OUI ! Mais peut-on aimer sans prendre le moindre risque ?