A la manière de Péguy. Conditions pour bien vivre ensemble. Enregistrer au format PDF

Vendredi 19 août 2016 — Dernier ajout samedi 16 juin 2018
0 vote

Deviens toi-même. Moi, dit Dieu, je n’aime pas les modèles ! Ou alors juste pour se lancer dans la vie ! Toute ma création n’est-elle pas une symphonie qui chante la diversité ? Je n’aime pas voir mes enfants les yeux rivés sur un héros ou un saint auquel ils vouent une admiration sans borne. Ils font des efforts inouïs pour lui ressembler. Ils passent leur temps à tailler, raboter, polir leurs propres traits, ils étouffent leurs désirs dans une quête effrénée de la ressemblance. Peine perdue. N’oubliez pas que ce qui vous a porté malheur c’est de vouloir renoncer à votre humanité pour être comme des dieux. Un modèle peut vite étouffer la plante rare et unique que chacun est appelé à faire fleurir dans mon jardin. La vraie admiration, dit Dieu, ne conduit pas à l’imitation. Elle est un mouvement intérieur provoqué par mon amour, qui rayonne en toute personne et en toute chose et qui appelle chacun à accoucher du meilleur de lui-même. Des héros et des saints, vous en côtoyez tous les jours, dans vos communautés, vos familles, votre travail. Ils ne sont pas parfaits, mais vous vous surprenez à dire : « J’admire sa patience, sa disponibilité, son sens des autres…. » et cette sainteté-là est contagieuse !

Joue ton propre rôle Moi, dit Dieu, je n’aime pas les uniformes ! J’ai fait à chacun cadeau d’une étoffe unique pour qu’il confectionne son habit de scène : A chacun de choisir la coupe, la forme, le style qui conviennent au tissu que je lui ai donné et au rôle qu’il doit jouer. Certains, dans leur cotonnade fleurie, donnent envie de rire et de danser. D’autres ont hérité de la douceur et de la légèreté de la soie : leur compagnie est agréable et apaisante. D’autres encore, chaleureux, enveloppent de leur tissu laineux ceux qui tremblent de froid et de peur. Par gros temps, il fait bon se blottir dans leur grand châle, ouvert à tous. Que chacun donc, dit Dieu, confectionne son habit selon la nature et la couleur du tissu que je lui ai offert en cadeau à sa naissance.

Transforme tes limites en atouts A certains, dit Dieu, j’ai donné quantité de bouts de tissus multicolores. On les prend pour des pauvres chiffonniers. Mais comme ils doivent faire preuve d’une plus grande créativité, ils en viennent à réaliser de magnifiques patchworks où toutes les couleurs sont les bienvenues et trouvent leurs places. Ils commencent par tâtonner, bricoler, puis deviennent d’habiles artisans et souvent de vrais artistes, à mon image ! Et surtout ils considèrent comme un trésor ce que d’autres rejettent comme d’inutiles chiffons.

Apporte ta pierre à la construction de la maison commune. Quant à vos maisons, dit Dieu, pourquoi avoir remplacé la pierre chaude et vivante, cadeau de ma nature, par des briques creuses et froides fabriquées de mains d’hommes ? Cela me rappelle Babel : tous briquetaient des briques en parlant une langue unique. Tous avaient même visage et même nom. Cela m’a tellement déplu, dit Dieu, que je suis descendu confondre leurs langues et les obliger à stopper la construction de leur tour qui devait monter jusqu’au ciel. Ils voulaient me défier avec leurs briques toutes semblables ! Moi, dit Dieu, je préfère vos maisons faites de pierres. J’aime bien voir mes enfants rassembler les pierres de leur pays pour construire leur maison commune. Il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour construire une tour surtout avec des briques ! On est vite d’accord et c’est vite fait : Il suffit de les poser les unes sur les autres. Par contre, avec les pierres, c’est plus compliqué. Chacun arrive sur le chantier avec la plus belle pierre de sa carrière. Vu de l’extérieur, cette mise en commun ressemble à un tas de cailloux. Il faudra du temps et quelques disputes fraternelles pour que chacun accepte de laisser tailler sa pierre, de la placer et déplacer pour, enfin, s’ajuster aux autres et trouver sa juste place ! Un langage commun élémentaire suffisait à Babel. Mais pour agencer des pierres vivantes, il faut une Pentecôte. Seul l’Esprit-Saint peut nous donner de comprendre l’autre dans sa langue maternelle et d’éviter ainsi les trop nombreux malentendus et la confusion des langues, ennemis mortels du "Vivre ensemble".