Pierre, m’aimes-tu ?

vendredi 5 mai 2017
par  Sr Jeanne Signard
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Pierre, le cœur gros, est retourné à la pêche, peut-être pour oublier cette belle aventure à laquelle sa trahison a mis fin, pense-t-il. Et les autres disciples l’ont suivi. « Nous l’avons tous abandonné se dit Pierre, mais moi, à l’abandon, j’ai ajouté la trahison ».

Et voici qu’après le repas au bord du lac, Jésus lui pose cette question insolite, inouïe : « Simon, fils de Jean m’aimes-tu plus que ceux-ci ? ». L’idée nous viendrait-elle de demander à quelqu’un qui vient de nous trahir : « Est-ce que tu m’aimes ? ». Mais Jésus sait que dans le cœur de tout homme, ombre et lumière, courage et lâcheté, peur et confiance, bien et mal peuvent à chaque instant se disputer et reprendre la place. Il l’appelle Simon, son nom d’avant l’appel sur les rives du Jourdain, comme pour le préparer à un nouvel appel « Suis-moi », dernière parole qu’il lui adresse.

Dans notre langue française, nous n’avons qu’un mot pour dire : « aimer ». J’aime Dieu, j’aime ma sœur, j’aime les frites. D’autres langues comme l’anglais ou le grec, langue dans laquelle Jean a été écrit son Evangile, disposent de plusieurs mots pour dire « aimer » : Aimer jusqu’à tout donner gratuitement et sans retour (agapè) ; aimer d’amour passion (éros) ; et aimer d’amitié (philo). Jésus dans son désir de rétablir avec Pierre la relation d’amour-agapè du temps où il disait : « Je donnerai ma vie pour toi », lui demande : « Est-ce que tu m’aimes d’agapè ? ». Pierre, se souvenant qu’il y a quelques jours il affirmait ne pas le connaître, répond humblement : « Seigneur, tu sais que j’ai de l’amitié pour toi ». Jésus demande une seconde fois : « Est-ce que tu m’aimes d’agapè ? ». Et Pierre répond à nouveau, sans oser aller plus loin : « Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’attachement pour toi ». Jésus, comprend alors que Pierre est revenu de sa belle assurance et il cesse d’attendre de lui cet amour impossible. Il lui repose la question en reprenant la réponse de Pierre lui-même : « Simon, est-ce que tu as de l’amitié pour moi ? ». Pierre est attristé que Jésus lui ait posé trois fois la question sans pouvoir répondre « Oui, Seigneur, je t’aime plus que tout, plus que ceux-ci ». Mais Jésus l’a rejoint dans sa position basse et accepte de recevoir simplement l’amitié, l’attachement qu’il peut lui donner, sans en attendre davantage. Peut-être est-ce ce respect pour son cheminement qui permettra à Pierre de retrouver son amour-agapè pour Jésus et quand l’heure viendra, de se laisser mener là où il ne voulait pas aller ?

Vrai homme, Jésus a vécu, comme tout être humain, ce besoin essentiel, existentiel d’être aimé. Mais quand la question « m’aimes-tu » est posée par un homme en qui bat le cœur de Dieu, la réponse ne peut être à la mesure de sa quête. L’amour est la seule force qui ne peut se forcer. En amour, Dieu abandonne même tout pouvoir et toute supériorité.

Comme Jésus, dans toutes nos relations chacune pose une question muette mais bien vivante, parfois même criante : « M’aimes-tu ? M’aimez-vous ? » Chez certaines personnes ce besoin d’être aimé est si fort, si absolu, qu’elles ne peuvent qu’être déçues. Comme Jésus, au-delà de la déception, pouvons-nous accepter la mesure d’affection et d’amitié que l’autre nous offre et arrêter de dire ou de penser « Ici personne ne me comprend, personne ne m’aime » ?

« Espérer la relation bonne. Si elle se donne, lui éviter toute ombre…Dans la relation bonne, ce qui se tient entre nous est indépendant des faiblesses de chacune. Parce qu’il y a pleine acceptation de chacune par chacune, sans exigence, sans jalousie, sans aucun relent. » (M. Bellet)

Heureuses sommes-nous si notre communauté attend de chacune simplement la part d’affection, d’amitié, de dévouement qu’elle peut ou qu’elle veut donner, sans en exiger davantage, sans jugement, sans comparaison.

Heureuses sommes-nous si nous savons transformer nos déceptions en mains tendues pour faire quelques pas ensemble sur le dur chemin du réel, adouci par l’affection mutuelle.

Heureuses sommes-nous si quand l’une des nôtres tombe, une autre s’abaisse, se baisse pour la relever en lui murmurant dans un sourire, un regard « J’ai de l’affection pour toi ».

Heureuses sommes-nous si au creux de nos infidélités, nous entendons la voix qui dit à Pierre : « Quand tu seras revenu, raffermis tes frères (et sœurs) ». Car c’est celui qui est tombé et qui a été relevé qui peut le mieux accepter de guider ses frères (et sœurs) sur le chemin de la charité avec affection, miséricorde et tendresse.


Commentaires

Pierre, m’aimes-tu ?
dimanche 7 mai 2017 à 09h47 - par  cavaloc Marie France

Jeanne,
J’aime cette attitude de Jésus que tu mets en valeur : il prend la position basse, il s’adapte aux possibilités de Pierre. Merci pour ton analyse attentive.
Nous sommes tous des Simon Pierre !

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