Eloge de l’incertitude

lundi 13 février 2017
par  Sr Jeanne Signard
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Certains, pour ne pas sombrer dans le flot tumultueux des questions impuissantes à recevoir des réponses, s’enferment dans le cocon douillet mais étroit de leurs certitudes. C’est pourquoi je ferai l’éloge de l’incertitude. A user avec modération, cependant, car si l’incertitude peut s’avérer une bonne compagne sur le chemin de la vérité, ne la laissons pas s’installer dans le doute qui pourrait ronger notre vie intérieure ou nous endormir sur « son mol oreiller » (Montaigne).

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La certitude nous plonge dans l’illusion que nous possédons la vérité et que nous devons la défendre ou l’asséner en dégainant à tout propos l’arme du « point final » ou du « point-barre ». Elle paralyse tout désir de suivre la trace d’une vérité qui fleurit dans des contrées encore inexplorées. Finis les échanges, les partages, car la certitude ne partage pas, elle s’impose ! L’incertitude, elle, aiguillonne la curiosité à la recherche de toute trace de vie, de tout rayon de lumière, de toute parole vive. L’écoute est sa nourriture. Au point final elle préfère le point d’interrogation ou de suspension, comme un appel à poursuivre, à toujours garder une porte entre ouverte.

La certitude ferme les portes à double tour. Elle nous emprisonne derrière les barreaux de nos idées fixes. L’incertitude scrute l’horizon pour y découvrir au matin une lueur nouvelle ou dans la nuit une étoile qui fait signe de reprendre notre marche à la découverte de terres inconnues. L’incertitude ne craint ni les longs voyages, ni les chemins broussailleux. Elle sait (c’est d’ailleurs sa seule certitude) que sous chaque pas jaillira un éclat de vérité, mais que c’est au bout du chemin que brillera la vérité toute entière.

La certitude nous tient à la surface de nous-mêmes et des autres, là où tout est clair, explicable, raisonnable. L’incertitude nous fait goûter le bonheur de descendre loin en soi où il nous arrive de croiser l’inconnu que nous sommes à nous-mêmes et d’embrasser les humains dans leur insondable mystère.

La certitude élève des murs pour se protéger de toute idée nouvelle, de tout vent contraire qui risquerait de déraciner sa prétention de tout savoir et d’avoir toujours raison. L’incertitude, elle, confie ses questions à la tempête déchaînée comme à la brise légère pour qu’au loin ou tout près, ses graines germent en fleurs de vérité.

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La certitude rend sourd à toute parole qui dérangerait son bel ordre intérieur. L’incertitude, elle, tend l’oreille à tout murmure encore imprécis, mais prometteur. C’est parce qu’il y a désordre dans son sac de « légos » que l’enfant crée de nouveaux arrangements. C’est parce que le malade a perdu sa belle assurance de bien-portant que l’incertitude lui ouvre un chemin de guérison. C’est parce que le silence de Dieu nous déconcerte que nous cherchons les lieux où sa parole pourrait nous surprendre aujourd’hui.

La certitude s’habille de corsets et de couleurs criardes. Elle déteste le flou de la robe, elle ne sait que faire des franges, elle méprise toute couleur qui n’entre pas dans sa palette. L’incertitude se complaît dans les nuances. Elle trouve sa paix dans l’amplitude et les couleurs pastels, là où le bleu du ciel et de la mer se confondent et de loin font un signe d’amitié aux toits d’ardoises de nos maisons.

La certitude expulse tout inconnu hors de ses frontières. Forte de son assurance et armée de son intransigeance, elle n’hésite pas à annexer ses terres voisines pour y arracher toute plante qui n’est pas de son espèce et y semer ses graines anesthésiantes. L’incertitude n’est pas envahissante. Elle prend discrètement la route pour aller vers la vérité qu’on ne découvre qu’en la cherchant. Elle est déjà une victoire sur l’inexorable, une lueur d’espoir, la possibilité du neuf.

La certitude donne l’illusion de posséder la vérité, de la connaître sur le bout des doigts et de l’expliquer sur le modèle des questions-réponses des anciens catéchismes. Elle est l’ennemie de la foi qui renonce à la preuve et préfère fréquenter les paraboles, les rêves mystérieux des poètes et l’abandon de l’enfant.

Il suffit d’une seule certitude, celle d’être aimé, pour qu’on puisse vivre sereinement dans l’incertitude et s’émerveiller de la part de vérité cachée en tout et qui n’attend que de se révéler.


Commentaires

Eloge de l’incertitude
lundi 20 février 2017 à 11h24 - par  cavaloc Marie France

Jeanne,
tu parles de certitude et incertitude à une époque où tout bouge, où les peurs pourraient nous enfermer.
Ton développement pousse à ouvrir portes et fenêtres, à entrer dans « les risque de la foi » dont parle notre RV. Merci pour le coup de pouce !
Marie-France

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