Eloge du doute

mercredi 13 avril 2016
par  Sr Jeanne Signard
popularité : 29%
0 vote

Il y a ceux qui sont remplis de certitudes et il y a ceux qui doutent.

Ceux qui sont bardés de certitudes ponctuent leurs propos de : « j’en suis sûr », « c’est évident », « il n’y a aucun doute à ce sujet ! ». Ceux qui doutent préfèrent les « peut-être », « c’est possible », « Vu de mon côté », « A mon avis », « D’après ce que je sais… » Et même le « sans doute » que l’on ajoute parfois laisse place à une possible incertitude.

Celui qui doute, ne doute pas de tout, mais en toute chose il laisse une petite place au doute. Il sait qu’il n’a sur toute réalité, sur toute personne qu’un point de vue limité, vu du lieu qui est le sien. Devant le paysage qu’il admire il sait qu’il ne dispose pas d’un angle de vue de 360°. Alors il préfère se dire : D’autres, situés autrement, peuvent me révéler des aspects différents de ce paysage, de ce visage, de cet acte, de cet événement.

Celui qui est plein d’assurance est scotché à son point de vue et n’a pas besoin du point de vue des autres. Ne perdez pas votre temps à essayer de le convaincre, surtout si vous aussi vous faites partie du club des « sûrs-sûrs » ! Qui des deux se déplacera le premier pour aller voir, entendre, goûter le monde à la façon de l’autre, du lieu qui est le sien ? « Quiconque me contredit m’instruit », disait Montaigne.

Celui qui doute a besoin des autres, de leur point de vue pour explorer toute réalité. Il passe son temps à voyager d’un point de vue à l’autre, à la découverte des multiples visages qui se cachent derrière le paysage le plus familier.
Je crois bien me connaître, mais est-ce si sûr ? Je ne me vois pas. Les autres, témoins de mes actions et réactions peuvent me révéler des aspects qui font partie de mon « moi » social et qui m’échappent. Et les autres ? Chacun possède son jardin secret, se présente voilé, parfois même masqué.

Chaque fois que je dis « Je le connais comme ma poche », je laisse entendre que je n’ai aucun doute sur ses intentions, ses désirs, ses goûts et ses dégoûts. Quant à ses actes, une seule interprétation possible : la mienne. Bien coincé au fond de ma poche, il est là en attente ! Mais quand je veux le retrouver, j’ai beau fouiller ma poche, surprise ! Il n’y est pas ! Pourtant ma poche n’est pas percée ! Illusion que de prétendre connaître quelqu’un comme sa poche ! Un mystère ne peut tenir dans une poche !

Pas de meilleur compagnon que le doute pour éveiller notre curiosité à la découverte du mo,nde, des autres et de Dieu. Pas de foi authentique qui soit uniquement tissée de certitudes. Le doute est signe de respect devant le mystère, acte d’humilité devant ce qui échappe à la preuve, abandon à plus grand que soi, à Dieu.

La certitude pose le point final à tout propos. Le doute préfère les points de suspension qui appellent chacun à prolonger sa quête de la vérité, cette vérité qui nous tire en avant et nous échappe chaque fois que nous voulons la saisir.

Et si en cette période pascale il nous arrive de douter de la Résurrection, en voyant le monde comme il va, n’oublions pas que c’est le doute qui valut à Thomas de « toucher du doigt » les plaies et le cœur blessé de Jésus ressuscité.

« Le doute peut s’avérer meilleur conseiller que les certitudes tranquilles. Il peut témoigner d’un dynamisme, d’une recherche, d’une curiosité, d’une insatisfaction, alors que les certitudes sont parfois l’indice d’une attitude figée et statique, d’une assurance prétentieuse ou d’un regard simpliste peu accordé au mystère de la foi toujours inépuisable, toujours au-delà de ce que l’on peut en dire.], « La foi, une affaire de goût ». p 149. Michel Scouarnec


Commentaires

Eloge du doute
mercredi 13 avril 2016 à 10h17 - par  Françoise

Merci jeanne pour ce rexte qui permet une relecture de nos comportements , toutes les nuances apportées sont précieuses : « peut s’avérer…peut témoigner…parfois l’indice……. »
Au plaisir de te relire, et merci F.K.