L’autre

mercredi 10 décembre 2014
par  Sr Jeanne Signard
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L’autre, pronom indéfini (non défini) qui nous rappelle qu’il est vain de vouloir le définir. Prenons le risque cependant de parler de lui ! N’est-il pas cet étranger qui vient à nous à l’improviste, sans prévenir et qui nous dérange ? Ou peut-être celui (celle) que nous fréquentons quotidiennement, que nous appelons par son nom et qui garde sa part d’étrangeté et d’indéterminé (non terminé).
Pouvons-nous supporter de « l’autre » dans notre vie ? Question cruciale ! Impossible si nous avons une vision de la vie bien cadrée, bien programmée, bien cloisonnée, si nous pensons que chacun a une place marquée, fixée à jamais, et un comportement prévisible en toute circonstance.
Pour supporter de « l’autre », il faut vivre moins serrés, mettre du « jeu » entre nous afin de rendre la vie jouable. Laisser de la place à l’autre, dans nos têtes, dans nos cœurs, dans le coffre-fort de nos idées arrêtées, bien pliées, bien rangées. Cela ne peut se faire sans une capacité à se déplacer, à se pousser un peu pour faire de la place.
Donner de la place à l’autre questionne notre propre place. Si nous nous surprenons à dire ou simplement à penser : « Je tiens à ma place », « Ici je n’ai pas ma place », « Il (Elle) veut prendre ma place », cela veut dire que nous nous identifions à notre place. Obsédés par cette peur de perdre notre place, nous voilà réduits à être une place, et peut-être rien d’autre ! Mais si nous acceptons de nous déplacer pour laisser un peu de place à l’autre, un autre point de vue s’offre à nous. L’irruption de l’autre est un appel à sortir de nos coquilles. L’autre qui nous dérange remet du mouvement dans la monotonie de nos vies.
L’autre est toujours une histoire à accueillir, non seulement parce qu’il nous arrive avec son histoire à lui, mais parce qu’il va marquer aussi notre histoire. Quelle histoire commune allons-nous écrire à partir de notre rencontre ? « Moi, je ne veux pas d’histoires ! » dites-vous. Mais pouvons-nous écrire une histoire sans faire au passage quelques « histoires » communes ?
« Moi je suis très clair là-dessus et personne ne pourra me faire changer d’avis ! » une réflexion encore souvent entendue. Celui (celle) qui se vante d’avoir la pureté et la transparence du cristal en possède aussi la dureté et la fragilité. La rencontre de l’autre risque de le (la) briser tout simplement par le choc de sa différence, à moins que, pour éviter la casse, il préfère quitter la place. Adoptons plutôt la souplesse et la capacité d’adaptation de la cellule vivante qui se nourrit de ce qui lui vient de l’extérieur, d’une autre vision des choses. Ah ! bien sûr cela suppose de renoncer à la luxueuse cage de cristal pour jouer le beau jeu de la vie en n’ayant comme unique protection que la confiance faite à l’autre.
Faisons place à l’autre dans le jardin trop bien rangé de nos certitudes. Il apportera à nos fleurs l’ombre dont elles ont besoin pour ne pas se faner sous les projecteurs de l’aveuglante clarté du « je suis sûr(e) ». Résistons à la tentation de construire un barrage pour retenir le ruisseau qui nous déconcerte par ses imprévisibles bondissements
« Chesterton s’est pris à chanter les mérites des petites communautés (familles, villages, tribus, monastères) précisément parce qu’elles nous condamnent à l’existence de l’autre ».
Laisserons-nous à notre table un peu de place à l’étranger ?
Laisserons-nous à nos paroles un peu de temps à l’étranger ?
Laisserons-nous à nos fontaines un peu d’eau vive à l’étranger ?
Laisserons-nous à nos églises un peu d’espace à l’étranger ? (Michel Scouarnec)


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