Les voix du silence

samedi 15 novembre 2014
par  Sr Jeanne Signard
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JPEG - 28 ko Le silence peut être une arme plus blessante, plus menaçante, plus vengeresse que la parole. Une colère parlée est plus facile à mesurer pour celui qui en est l’objet. Mais ce silence né sur le terreau d’une contrariété que veut-il dire ? S’agit-il d’une épée qui se prépare à un duel sanglant, bien cachée dans son fourreau ? Ou s’apprête-t-elle à trancher les liens d’une amitié ou d’une collaboration que nous pensions solides ? S’agit-il d’une lance qui s’affûte en secret et cherche le lieu exact de sa pénétration, ou bien d’un canon qui se prépare à détruire notre maison commune ? Alors, surtout s’il se prolonge, on imagine le pire !

Le silence peut servir de refuge à celui qui a peur : peur de ne pas savoir dire, peur de ne pas dire ce qu’il faut dire, peur d’être contredit, peur de blesser, peur de dire ou d’entendre la vérité. Silence-prison où s’amoncèlent tant de paroles interdites de sortie ! Le jour où les verrous de la « porte de prison » sautent mieux vaut « dégager »
.
Il y a le silence boudeur de « l’enfant » contrarié qui se retire pour n’avoir pas à formuler plus clairement son besoin ou sa pensée, pour éviter d’avoir à s’expliquer. Il est persuadé qu’on lui en veut et que parler ne servirait à rien, voire aggraverait son cas. Eternel incompris qui préfère se retirer du jeu et qui ne pèse plus très lourd dans la balance des décisions.

Il y a les silences de plomb, JPEG - 80.4 ko lourds de sous-entendus, d’arrières- pensées, de jugement définitifs. « Il est un homme qui semble se taire, mais son cœur condamne les autres : Un tel homme bavarde sans cesse. Un autre parle du matin au soir et pourtant il garde le silence : c’est qu’il ne dit rien sans utilité. » (un père du désert)

Il y a le silence de mort plus souvent ressenti au sein d’un groupe, frappé de stupeur devant une catastrophe ou un comportement inhumain. Manifestation de l’horreur devant l’innommable. On est « cloué sur place » et on reste « bouche bée ou bouche close ». Absence de tout commentaire.

Il y a le silence des rencontres légères et passagères JPEG - 41.8 ko qu’il faut à tout prix meubler par des « Comment ça va ? » dans lesquels peuvent s’engouffrer toutes les plaintes que chacun trimballe dans son sac à malheurs et qui ne sont souvent qu’une « forme bavarde du renoncement ».

Il y a aussi le silence éloquent, parfois assourdissant. Ce silence-là rend sourd à toutes les paroles qui vont suivre. Il peut naître d’une remise en cause radicale, de l’annonce d’une nouvelle inattendue qui laisse sans voix ou de la sidération face à la beauté d’un lieu, d’un geste, d’un témoignage
.
Il y a le silence habité où la complicité supplée les paroles, impuissantes à exprimer la profondeur les sentiments ou le poids d’un vécu. Silence de la respiration dans ses deux mouvements : expiration où l’on se donne et aspiration où l’on se reçoit. C’est ce silence qui ponctue nos « conversations aimantes ». Pour goûter ce silence-là il ne suffit pas de se taire. Il faut qu’il pénètre et s’installe au fond de nous-mêmes pour nous disposer à accueillir et à écouter un mouvement intérieur, une parole de Dieu ou d’un frère, d’une sœur sans rien rejeter, humblement, avec respect. « Une journée pleine de bruits et pleine de voix peut être une journée de silence si le bruit devient écho pour nous de présences. » (Madeleine Delbrel)

N’oublions pas le « grand silence » du soir qui recueille les joies de la journée en offrande vespérale et qui transfigure les peines en perles précieuses
.
Puis vient le silence profond de la nuit. JPEG - 98.7 ko Silence qui invite à s’abandonner pendant quelques heures au sommeil libérateur. Silence qui permet à nos rêves les plus fous de prendre leur envol vers des contrées mystérieuses et parfois prémonitoires.


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