Le temps est venu de sortir de sa coquille

mardi 28 octobre 2014
par  Sr Jeanne Signard
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La vie de l’oiseau commence dans un œuf, bien protégé par sa coquille. Mais la coquille est fragile et il arrive qu’elle casse avant que le petit oiseau soit assez fort pour la briser lui-même.

PNG - 2.4 ko Heureusement, elle est fragile cette coquille ! Un jour l’oiseau devra en sortir en la perçant à coups de bec. Si elle était trop solide, l’oiseau, emmuré, ne verrait jamais le jour. Vous imaginez ce qui se passerait si la coquille était trop dure ou si on s’avisait de la renforcer pour éviter qu’elle ne casse avant l’heure ? Cette coquille qui devait permettre à l’oisillon d’être un jour assez fort pour en sortir deviendrait sa prison et son cercueil. PNG - 7.3 ko
Ainsi en est-il de nos relations, nos institutions, nos communautés, nos familles, nos Eglises. Ce sont de merveilleuses coquilles à l’abri desquelles la vie peut germer et se déployer en toute sécurité. Mais nous savons que ces coquilles sont fragiles. Aussi cherchons-nous, par tous les moyens, à les renforcer, à les durcir pour les rendre éternellement incassables. Et nous sommes étonnés que ce qui devait protéger une vie naissante, puisse finir par l’étouffer faute de confiance, de souplesse et de patience. Paradoxalement c’est la fragilité de nos diverses coquilles qui nous permet comme à l’oiseau d’en sortir, le temps venu, libres pour prendre notre envol, avec d’autres, vers des régions inconnus.
Comme l’explique si bien Marie Balmary, « La coquille n’est utile que si, après avoir servi de protection, elle peut disparaître. Toutes enveloppes, tous liens qui sont indispensables sont destinés à disparaître en tant qu’enveloppes, en tant que liens » (La fragilité, faiblesse ou richesse ? Albin Michel).
Toute notre vie restera en nous une nostalgie de notre toute première coquille que nous avons dû briser pour naître. Pourquoi ne pas imiter l’escargot ? Pourquoi ne pas fabriquer une coquille que nous porterions sur notre dos ? Elle se ferait maison pour nous abriter du soleil brûlant de midi et parapluie pour nous protéger de la froide pluie d’hiver. Entrer et sortir de nos coquilles à notre guise, et voyager sans nous presser, le rêve !
L’huitre elle aussi, habite une coquille, mais dure celle-là ! Elle peut y vivre sans jamais en sortir. S’il lui arrive d’entrouvrir ses deux lèvres dures et nacrées, elle les referme si vite qu’il vaut mieux ne pas y glisser les doigts. Ils risqueraient de se trouver coincés et de garder la trace d’une douloureuse morsure ! D’elle-même jamais elle ne sortira de sa coquille, et si vous la forcez vous signez son arrêt de mort.

Enclose dans sa coquille, la noix quant à elle, est bien protégée des regards indiscrets. « Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ? » chante Charles Trenet.
« Qu’est-ce qu’on y voit quand elle est fermée ?
On y voit la nuit en rond et les plaines et les monts, les rivières et les vallons.
On y voit toute une armée, des soldats bardés de fer
qui, joyeux partent pour la guerre en fuyant l’orage des bois.
On y voit les chevaux du roi près de la rivière. »
La noix, elle non plus, ne sort pas de sa coquille. Vous ne voyez rien de son intérieur et tout ce que vous pouvez en dire est le fruit de votre imagination, pure supposition.
Si vous voulez la connaître, c’est à vous de briser sa coquille. Opération qui demande tout à la fois force et délicatesse pour ne pas écraser « les mille soleils » qui attendent d’être libérés pour briller de tous leurs feux, et pour déguster les douces saveurs qu’elle tient en réserve.

« On dit qu’il faut naître pour vivre, c’est tout le contraire, il faut vivre pour naître car vivre c’est accoucher de soi-même », a écrit Jean Debruynne PNG - 6.8 ko
Protégés par nos coquilles, nous nous préparons à naître à nous-mêmes, aux autres, à la vie. Tantôt, comme l’oisillon nous attendons d’être assez forts pour la casser, ou comme l’escargot nous en faisons une maison que nous portons sur notre dos. Mieux vaut ne pas imiter l’huitre retirée en elle-même qui ne sort jamais de sa coquille et qui ne connaîtra rien ni du ciel ni du jardin ou encore la noix qui attend sans fin celui qui va briser sa coquille pour offrir à tous sa richesse intérieure.


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