CROYANCES ET FOI

mardi 14 octobre 2014
par  Sr Jeanne Signard
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« Si pour les poètes la pensée a des ailes, notre champ de croyances en est la cage et nos peurs ses barreaux les plus solides » (Olivier Clerc : La grenouille ne savait pas qu’elle était cuite !)

Nous avons hérité d’un certain nombre de croyances c’est-à-dire d’idées reçues, indiscutables et indémontrables, sur la vie, sur la mort et même après la mort, sur Dieu. Ces croyances, puisées dans notre culture, notre milieu social, notre religion vont jusqu’à nous dicter les comportements, les rites, les prières qui sont supposés nous apporter bonheur ou malheur. Ne méprisons pas les croyances ! A manière d’un placébo elles nous soulagent momentanément de nos angoisses ou à la manière d’un doudou nous permettent comme à l’enfant de supporter le sentiment d’abandon de sa mère quand elle s’éloigne. Mais prenons bien garde de ne pas confondre croyances et foi.
La foi naît d’une rencontre « amoureuse » avec quelqu’un qui nous invite à cheminer avec lui dans et vers l’inconnu. On lui fait confiance sans qu’il ait besoin de nous apporter la preuve qu’avec lui nous sommes sur le bon chemin car Il devient lui-même notre chemin ; ni la preuve que ce qu’il dit est vrai car il devient notre Vérité, ni la preuve qu’avec lui on possède une assurance-vie car Il est lui-même la vie. Et après ? Qui sait ce qu’il y a après la mort ? Les images de la vie céleste, des souffrances de l’enfer ou du purgatoire ne sont-elles pas des croyances plus que des actes de foi ? Seule la foi en quelqu’un nous permet de vivre sans connaître l’avenir. Seule certitude : l’Amour. « Si quelqu’un m’aime, mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui et nous ferons en lui notre demeure. » Et cela ici et maintenant, car « celui qui croit en moi, a (et non seulement aura) la vie éternelle ». Faisons confiance à celui à qui nous avons donné notre foi. Abandonnons notre besoin de certitudes pour croquer, pour savourer la vie comme elle va, sans rien demander d’autre. Pour le reste, pour après, tenons bien la main de notre petite sœur Espérance.
Les croyances peuvent nous enfermer dans une cage, tandis que la foi nous donne des ailes. Les croyances peuvent nous conduire à la dureté des certitudes, tandis que la foi nous plonge dans la confiance et l’amour. Les croyances peuvent s’appuyer sur des fantasmes rassurants qu’on prend pour des preuves, tandis que la foi n’a que faire des preuves, elle habite le cœur. Elle peut se passer de mots. Elle se nourrit du témoignage de ceux qui nous ont précédés pour se renouveler sans cesse. Comme le dit un proverbe africain : « Je ne crois pas tout ce qu’ont cru mes ancêtres, je ne cherche pas à refaire exactement ce qu’ont fait mes ancêtres, mais je cherche ce qu’ils ont eux-mêmes cherché ». Nous pourrions ajouter : « celui qu’ils ont eux-mêmes cherché ». La croyance est froide parce qu’elle tient de l’idée reçue qui s’est fossilisée parfois dans notre tête. La foi est brûlante parce qu’elle est sœur de l’amour.
Evidemment quand nous parlons de croyances, nous pensons aux domaines religieux, philosophiques, scientifiques. Mais c’est dans tous les domaines de notre vie que nous sommes habités par des croyances. Nos « conversations » sont truffées d’idées reçues. Nous croyons que si nous appliquons scrupuleusement les règles de l’écoute et de la prise de parole, nous parviendrons comme par magie à une « conversation aimante ». Mais dans nos rencontres nos têtes, nos yeux, nos oreilles sont remplis de croyances, de préjugés avec lesquels la foi en l’autre, au-delà de toute preuve, ne fait pas bon ménage.
Un point commun à la croyance et à la foi : elles échappent à l’explication raisonnable : la croyance parce qu’elle n’a pas de preuves et la foi parce qu’elle se passe de preuves. Elle est d’un autre ordre : celui de l’amour. Et là comme disait Montaigne à qui on demandait la raison de son amitié pour La Boétie : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ».
Vous essayez de partager votre foi en la vie, en une personne, en Dieu ? Vous voilà à court d’arguments. Les mots voyagent entre les esprits, mais sont impuissants pour offrir ce qui vient du cœur, ce qui vous tient à cœur. Vous entrez dans le domaine du mystère. Seuls les poètes peuvent y introduire ceux qui acceptent de s’envoler sur les ailes de la foi.


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