« Je me tiens à la porte et je frappe »

jeudi 7 novembre 2013
par  Sr Jeanne Signard
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Il nous arrive d’être réunis autour d’une table pour échanger sur un sujet qui nous tient à cœur. Un climat de confiance, une complicité tissée au fil du quotidien, le parti pris de valoriser les différences, il n’en faut pas plus pour que chacun ose risquer sa parole.

Prendre la parole c’est sortir de chez soi, aller vers les autres et frapper poliment à la porte de leurs maisons intérieures. Tantôt c’est nous qui frappons à la porte des autres, tantôt ce sont eux qui frappent à la nôtre. Certaines portes restent fermées, d’autres s’entrouvrent timidement. Et si toutes nos maisons s’ouvraient toutes grandes à toutes les paroles qui frappent à nos portes !

Certains pensent qu’il est inutile d’ouvrir. Leur prétendu don divinatoire leur permet de vous éconduire avec un « Je sais ce que tu vas dire » ou « On a déjà dit ça mille fois ». Fichée et figée, votre parole revient vers vous et se mue en silence.

Certaines portes restent fermées parce que la maison est tellement encombrée de vieux meubles impossibles à remuer qu’il n’y a pas de place pour une pensée, pour une parole un peu neuve ou originale : « Tu crois que ça irait mieux si on faisait comme tu dis ? Et puis ce n’est plus de notre âge ! »

Derrière d’autres portes intérieures c’est le remue-ménage permanent des distractions, l’une chassant l’autre. Toutes ces divagations s’entrechoquent et rendent inaudible la parole qui frappe à la parole maintenant. Quelle surprise de s’entendre dire quelques jours plus tard :
« Tu n’as jamais dit ça ! »

Il y a aussi les maisons de ceux qui sont plus préoccupés de ce qu’ils ont envie de dire, que d’ouvrir à la parole qui frappe en ce moment à leur porte. La peur de ne pas pouvoir imposer leur idée géniale les rend tendus, agités. Prêts à bondir, ils guettent la respiration de celui qui parle pour l’interrompre au moment où il reprend son souffle ! Ne nous y trompons pas, cependant : cette précipitation peut cacher la peur dans l’attente insoutenable du moment où il faudra sortir de chez soi pour aller frapper à la porte des autres.

Notre parole frappe également à la porte de ceux qui ont tendance à se sentir menacés par toute parole étrangère à leur langue habituelle ou à celle du groupe. « Là je ne comprends pas ce que tu dis … » Non pas ce que tu veux dire, mais ce que tu dis. Sous-entendu : Ce n’est pas ainsi qu’on pense et qu’on parle dans notre « tribu » ! Pas facile de passer de Babel où tous briquetaient les mêmes briques, à la Pentecôte où chacun entend l’autre parler sa langue maternelle !

Et voici notre parole qui frappe à la porte de ceux qui sont envahis par leur désir d’entendre ce qui les conforte dans leurs idées ou de ceux qui ont tellement peur d’entendre ce qui dérangerait leurs principes intangibles, qu’ils croient l’avoir entendu. Les uns comme les autres sont même sûrs d’avoir entendu « ça » de votre bouche. Vous avez beau protester : « Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ». Rien à faire. Ils sont sûrs que vous l’avez dit.

Mais quand les portes de toutes nos maisons s’ouvrent toutes grandes pour accueillir toutes les paroles en quête d’une hospitalité bienveillante, notre conversation devient un ballet de visitations. Chaque parole est accueillie et traitée comme l’hôte, tantôt qui reçoit, tantôt qui est reçu. Elle est invitée à s’installer, à prendre ses aises. Chacun fait visiter sa maison, son jardin intérieur et fait cadeau de quelques graines qui pourraient fleurir aussi dans d’autres jardins. Alors chaque printemps nous réserve d’agréables surprises.


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