Au risque de la parole…

samedi 26 octobre 2013
par  Sr Jeanne Signard
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Oser parler
« Chacune est invitée à dire ce qu’elle pense, ce que lui dit son cœur ».
Invitation chaleureuse, souvent prononcée au début de nos partages et qui est supposée réduire toute peur de prendre la parole.
Mais entre ce que je pense ou ce que je ressens et ce que je vais dire, il y a le discernement de ce qu’il convient que je dise dans le respect de moi-même et des autres.
Vais-je ouvrir, ou entrouvrir les barrières de mon jardin secret ? N’en ai-je pas perdu les clefs ? Si je « prends la parole » trop vite, là sur le chaud, n’est-ce pas plutôt la parole qui va me prendre et m’emporter au-delà de ma pensée ou à côté ?
« Mets une garde à mes lèvres, Seigneur, veille au seuil de ma bouche  » (Ps 140,3)

Avant de parler
Vais-je trouver les mots pour le dire ? Certaines personnes ne peuvent penser qu’en parlant. On les appelle des verbomoteurs. D’autres ne peuvent parler qu’après avoir donné forme à leur pensée. Ceux-là sont heureux d’entendre : « Nous allons prendre trois minutes personnellement pour que chacun pense à ce qu’il veut dire  ». Certains verbomoteurs feraient bien d’en profiter aussi pour ajuster leur parole à leur pensée et ainsi éviter les diarrhées verbales qui trop souvent polluent la conversation et confisquent tout le temps de parole. Sans compter que ce manque de contrôle peut laisser s’échapper une parole inconvenante qui conduit souvent son auteur à s’en mordre les doigts. Parfois nous aimerions pouvoir dire avec le psalmiste : « Mes pensées n’ont pas franchi mes lèvres  » (ps 16,3)

Comment dire ?
Mes pensées et mes sentiments, mes désirs et mes rêves les plus fous, mes doutes et mes raisons d’espérer sont bien au chaud au fond de moi, dans leur absolue nudité. Avant de les laisser s’envoler, il faut les habiller de mots. Ma « garde-robe » est plus ou moins riche ! La libre pensée se trouve un peu corsetée dans les mots les plus justes. Comment avec des mots communs à tous vais-je exprimer ma pensée ou mon sentiment personnel ? Devant les réactions provoquées par la parole que nous avons risquée, il nous est arrivé de reconnaître, d’un ton déçu : « Ce n’est pas ce que je voulais dire ». Heureuse êtes-vous si, par une écoute active, quelqu’un vous permet de reformuler votre vraie parole.
Il est douloureux d’échouer à se faire comprendre des autres. La tentation est alors grande de se retirer de la conversation en lançant un « Je me comprends ! » boudeur. De là à décréter : « Personne ne peut me comprendre  », il n’y a qu’un pas, suivi bientôt d’un retrait définitif : « je n’ai rien à dire  ».
N’oublions pas que la difficulté de communiquer est la condition normale en humanité et la communication réussie, la miraculeuse exception. Il dépend de nous que ce miracle survienne plus souvent au cours de nos conversations. La parole reçue et la parole dite ne coïncident jamais tout-à-fait et nous ne pouvons pas faire autrement. Inutile de nous en prendre aux autres puisque nous avons déjà transformé notre pensée avant de l’exprimer ! A nous de faire de cette infirmité de la communication, un atout pour déployer et enrichir nos échanges. Les explications parfois nécessaires, outre qu’elles dissipent les malentendus approfondissent la réflexion et ouvrent de nouvelles avenues à la pensée. Innombrables sont les trésors enfouis dans les plis de nos pensées et de nos désirs ! Quand la confiance a balayé toutes nos peurs, nous pouvons nous ex-pli-quer, c’est-à-dire exposer ce qui se cache dans les plis de nos pensées et de nos cœurs. Alors se vérifie, devant Dieu et entre nous, le verset 15 du Psaume 18 : « Accueille les paroles de ma bouche, le murmure de mon cœur  ».

Prendre la parole
Délions nos pensées prisonnières de nos peurs, habillons-les avec des mots choisis, aussi ajustés que possible, elles se transformeront alors en paroles qui ne demandent qu’à s’envoler pour la belle aventure d’un dialogue, d’une conversation ou d’un partage. Prendre la parole est un acte de dé-maîtrise. Laissons aller notre parole, sans connaître l’accueil qui lui sera réservé. Laissons-là cheminer à la rencontre d’autres paroles. Elles vont s’apprivoiser, se confronter se conjuguer pour bâtir ensemble une fraternité.
Et pour qu’elles aient toutes les chances d’être reçues, n’oublions pas de les accompagner du sourire, qui ouvre les portes les plus verrouillées, sans jamais les forcer !


Voir le site : Apprendre à bien dire pour être mieux écouté.

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