Se mettre au service du prochain

Ils ont forcé la porte de mon cœur

vendredi 5 avril 2013
par  Sr Malou Floch
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Ils sont partis….ils ont tout quitté….familles, amis, travail…pays…… chercher la sécurité, la paix.Ils sont venus de très loin : Tchétchénie, Géorgie, Kosovo, Albanie…après un long voyage, couteux, épuisant et pas toujours sécurisant.

A leur arrivée à Brest, ils ont connu la rue, l’hôtel, le camping, dans des lieux éloignés des services administratifs, des associations pouvant les accueillir.

Ils sont arrivés, en Bretagne, à Brest, dans notre quartier, dans les locaux de notre église de Quizac…..
J’ai eu peur de les voir près de nous. Peur, face au risque d’incendie, de difficulté relationnelle entre personnes de différentes cultures.

L’église, interdite au public pour des raisons de sécurité, pouvait-elle accueillir des demandeurs d’asiles ? N’ont-ils pas besoin, eux, de sécurité ?
Mais, m’a-t-on répondu « c’est mieux que la rue ».
Un toit, un peu de chaleur, de la nourriture, l’amitié cela leur suffisait en attendant la « maison » et les « papiers » ….

Je savais l’existence des demandeurs d’asiles à Brest. Mais je portais une attention distraite à cette réalité. Des associations s’en chargent….

L’inattendu….

Ils ont forcé la porte de l’église,
Ils ont forcé la porte de mon cœur
.
Ils m’ont obligé à ouvrir les yeux et les mains, à vivre la fraternité au delà de mes frontières….à les voir comme des hommes, des femmes en grande difficulté, puis peu à peu comme mes frères en humanité.

C’est eux qui m’ont montré le chemin de l’accueil.
Je me suis sentie accueillie dès ma première visite. Leur sourire, la tasse de café toujours offerte me confirmait dans ma manière d’être présente sans vouloir faire à leur place ni à celle des associations d’accueil.
Communiquer, se parler sans connaître la langue demandait beaucoup de patience et d’ingéniosité.
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Avec d’autres bénévoles engagés à divers titres, l’équipe de diacres en mission ouvrière du diocèse, ma présence apportait simplement un peu de chaleur humaine. Le partage avec d’autres, avec les sœurs de la Communauté de Pontanézen m’a permis d’ajuster mon attitude et de reprendre courage dans les moments plus déroutants et de mieux comprendre leur situation.

Je me suis sentie soutenue aussi par l’attention de quelques personnes qui n’étaient pas présentes à Quizac et qui avaient souci de ce qui s‘y vivait.
Une d’entre elle me dit :
«  Tu as ouvert les yeux des personnes qui t’entourent et tu as été un lien entre eux et nous. Leur histoire lue dans la presse n’a pas été vue de la même façon.  »

J’ai été témoin de nombreux gestes de solidarité entre eux, venant de pays différents, partageant la nourriture, les vêtements. Les jeunes enfants pouvaient être pris en charge par d’autres adultes, en toute confiance lorsque les parents avaient besoin de se déplacer. L’entraide était quotidienne et bien réelle.

Le long et patient dialogue avec le diocèse et la préfecture a permis un départ dans des conditions les plus humaines possible, le service de cohésion sociale et la Croix Rouge assurant le transfert des familles.
Ce fut une grande joie pour l’équipe de bénévoles de les savoir relogés dans des lieux plus adaptés.

Ma motivation trouve sa source dans le chemin de Jésus qui s’est fait le serviteur de tous ses frères  :
« Je suis venu pour servir et non pour être servi ».
Regarder chaque personne non seulement avec mes yeux et mes sentiments mais avec l’aide de l’Esprit, tenter de les voir à la manière de Jésus.
« Chaque fois que l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.. » Mt 25, 40.

Je rejoins aussi les orientations diocésaines de Quimper :

« Nous ne choisissions pas notre prochain, nous recevons ceux que Dieu nous envoie et suivant le commandement du Christ, nous nous mettons à leur service. »


« De nos jours, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme et s’il se présente à nous de le servir activement. »

Gaudium et Spes

Dans ces rencontres il m’a été donné de vivre quelque chose du charisme des Filles du Saint Esprit, qui dès l’origine, a eu le souci des personnes le plus en difficulté.

« Les premières F.S.E ont voulu vivre ensemble pour servir les pauvres, les malades, les enfants. Elles reconnaissaient en eux la personne de Jésus-Christ et avaient pour tous un grand respect. »

Commentaires

Cassandra
vendredi 31 octobre 2014 à 10h05 - par  Cassandra

Votre analyse est juste.
Cassandra mutuelle

Ils ont forcé la porte de mon cœur
dimanche 7 avril 2013 à 05h19 - par  Françoise LEVEQUE

Malou,
J’ai apprécié ta relecture de ce temps de vie avec ces migrants. On sent bien ton cheminement, ta réflexion qui passe de la « peur » à l’ouverture à l’autre différent. Tu l’as vécu avec d’autres.

Merci Malou pour ce partage qui peut aider chacune, là où elle est, à ne pas faire à la place de l’autre mais vouloir que l’autre grandisse, soit libéré, soit debout. Cela a amené la même chose en toi et sans doute en ceux de ton équipe.

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