« Si tu l’avais vu… »

jeudi 24 janvier 2013
par  Sr Ann Almodovar
popularité : 29%
0 vote

L’amitié et les liens familiaux sont des forces de vie. Leurs absences peuvent devenir notre tombeau…

Si tu l’avais vu, Père,
Sur son brancard de pauvreté,
Les membres attachés, le regard vide,
Les traits tirés par la souffrance.
La maladie est là, incontournable, le tirant inexorablement vers une issue fatale…
Tabac, alcool, cancer, paralysie emplissent son existence.
Famille oubliée, disparue, inexistante ?
Une amie, venue l’accompagner, ne dépare pas dans ce sombre tableau.
Maigreur, voix éraillée, angoisse, énervement, solitude des pauvres gens…

Si tu l’avais vu, Père,
Renaître à la vie au fil des jours !
Le bras inerte reprend du service,
La voix éteinte résonne de nouveau,
Le lit de pauvreté devient fauteuil d’espérance
Le visage souffrant laisse filtrer une douce lueur de paix.
Son amie est là, chaque jour…

Si tu avais vu, Père,
L’épouse oubliée ressurgir après 8 longues années.
Sœurs, femme, enfants, ombres du passé, présage d’un nouvel avenir.
Les jambes vacillantes, la parole un peu confuse, le regard pétillant
Tout semble désormais dresser un solide rempart face à l’issue fatale !

Si tu avais vu, Père,
Le pas décidé d’un homme ressuscité,
La joie débordante d’un être qui renaît à la vie !
Aujourd’hui, c’est jour de permission !
Quitter un temps les murs de l’hôpital pour aller chez sa sœur ! Le pied !
Sapé comme un prince, ses plus belles chaussures cirées pour l’occasion,
Un pantalon sorti du pressing, un blouson à la dernière mode,
Les cheveux gominés, il est « class » !
« C’est la tangente ! » dit-il heureux, « pour deux jours ! »
Un sourire des profondeurs traverse son visage d’une oreille à l’autre !

Si tu l’avais vu, Père,
Déambuler dans le couloir,
Fumer cigarette sur cigarette,
Scruter les aiguilles sur le cadran de sa montre…
Les minutes s’égrènent péniblement…
Il est midi et demi… Personne …
Tout le monde s’inquiète… L’infirmière téléphone à sa sœur…

Je l’ai vu, Père,
Me tourner le dos, le combiné collé à l’oreille, répétant inlassablement « oui »…
De longs silences, lourds, pesants, ceux qui nous glacent intérieurement.
Le sourire s’évanouit,
Un masque de laideur et de souffrance revêt son visage.
Faisant demi-tour, sans mot dire, d’une démarche funèbre, il retourne à sa chambre.

Si tu avais vu, Père,
Son corps se délabrer, sombrer de nouveau dans le coma
La mort le guette, rôde…
A quoi bon lutter ?
Son amie ne vient plus,
Sa famille se renseigne,
S’étonne de le voir respirer encore…

Si tu l’avais vu, Père…
Mais oui, Tu l’as vu
Depuis toujours Tu as vu, tu as compatis
Tu as entendu l’appel de ton enfant dans la détresse.
Tu ne l’as pas abandonné !
Tu luttes avec lui dans la souffrance.
Ce corps décharné, agonisant, c’est celui de ton Fils, Jésus
Ces yeux révulsés, ce sont ceux de ton Fils,
Ce visage douloureux, épuisé, c’est celui de ton Fils.

Alors, Père
Prends ton enfant,
Donne-lui ce qu’il n’a peut-être jamais eu :
Un père, une famille, de l’amour.
Toi qui es l’Amour, comble-le de ta miséricorde.
Père, accueille-le dans ta paix,
Que son sourire d’un jour, devienne lueur d’éternité.


Commentaires

Bouton Facebook Bouton Contact
image Jésus
Facebook

Agenda

<<

2017

 

<<

Novembre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123