« Sauvé par Dieu par le Pauvre rencontré »

mercredi 25 avril 2012
par  Sr Ann Almodovar
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Diaconia nous invite à partager des faits de vie, des témoignages.
En voici un, trouvé au hasard des rencontres.
Retrouver un être cher, après 15 années de galère dans la rue… Faire l’expérience intérieure du Salut de Dieu par ce Pauvre rencontré.

« Seigneur tout mon désir est devant toi » nous dit le psalmiste (Ps38)
Attendre et vivre d’un profond désir intérieur dont nous ne savons pas bien d’où il vient ni ce qui le mobilise vraiment.

 Espérer le retour


Au milieu de la détresse, du doute, de la souffrance surgit une étincelle qui fait émerger de ma torpeur. Quel est-il Seigneur ce moteur divin qui me fait espérer que quelque chose peut changer malgré tout ? Est-ce ton Esprit ? J’aime à le croire, à le prier…
Après 23 ans de pérégrination infructueuse, un souffle puissant a dépoussiéré mon obscure demeure hantée par l’absence d’un être cher.
Lui qui était absent depuis si longtemps, lui que j’ai recherché dans mes rêves, dans mes aspirations, dans tous les faubourgs, les villes et les pays, au bout du fil, dans mon imaginaire…
Lui que j’ai bafoué, critiqué, blâmé, lui que j’ai aimé sans le savoir, que j’ai haït à n’en plus pouvoir…
Lui, un beau jour a surgit de ma mémoire, bien plus est sorti de l’anonymat pour entrer de nouveau dans ma vie.

 Il est vivant…


C’est un étranger que je vais retrouver. Faut-il y croire ? Moi qui me suis tenue devant le tombeau vide si longtemps…j’ai peine à le croire…Pourtant… Le vide du tombeau n’est-il pas le lieu et l’objet de mon espérance ?
Je ne sais… Ce que je sais, c’est que « voir ce qu’on espère, ce n’est plus espérer : ce que l’on voit, comment peut-on l’espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l’attendons avec persévérance. » (Rm 8, 24-25)
J’ai attendu si longtemps ! Il me faut encore traverser un long et large couloir, interminable…De part et d’autre, ici et là, de pauvres gens assis, fumant, claudiquant, mendiant, reflet de la misère, miroir de la vie de l’indigent qu’est devenu l’être aimé après 15 ans passés dans la rue…
mon cœur se contracte et palpite, mes yeux se noient dans une « vallée de larmes »…
Mais qu’importe à présent, il est là, plein de vie dans sa déchéance, sa souffrance, son silence…
Que lui dire à lui qui ne peut me répondre, dont les yeux sont fermés et le corps inerte ? Les uns me disent «  parlez, il vous entend…  »
D’autres disent «  si vous avez besoin de quelqu’un pour parler, appelez-nous…  », d’autres encore « racontez-lui votre vie, ces années d’absence… »
En vain, rien ne sort de ma bouche…
Le tombeau vide s’est soudainement rempli, mais il demeure un tombeau…Je vois celui que mon cœur espérait depuis si longtemps. Je le vois et pourtant l’espérance demeure ; quelle était donc cette espérance qui m’a habité durant ces longues années ? N’était-ce qu’un de ces désirs nourrit d’illusion… ?

 Le départ ?


« Il ne va pas bien, il va mourir, nous arrêtons le traitement qui le maintient, restez le temps que vous voulez… » Curieusement, le temps me paraît une éternité… Mon désir de le retrouver se transforme en désir de le voir partir, d’abréger ses souffrances…et les miennes…
La tension chute, il part, il s’éteint…comme une bougie.

Quelle est mon espérance à cet instant précis ?
Celle de le savoir accueillit dans les bras de Celui qui donne miséricorde, tendresse et pardon. Alors, mettant mon bras sous le sien, accompagnant son dernier souffle, je lui offre de partir en lui restituant son autorité et son amour de père…
C’est à lui de me protéger, de me prodiguer son amour ; c’est à lui de décider de son départ, ne pas le retenir…
Ce faisant, louange et action de grâce montent à mes lèvres, une prière de demande et de supplication envahit mon cœur et mon esprit…
« Laissez-vous mener par l’Esprit, sur les chemins de la justice, le vent de Dieu qui nous a pris fera de vous des hommes libres. »
Ce chant fredonné maintes fois près de lui frôle son visage, pénètre au plus secret de son cœur… je le sais…
Il a décidé de rester un peu de temps encore, de lutter…Pour quelle raison ?
Qu’est-ce qui a bien pu se transmettre entre nous pour qu’il décide de demeurer encore un peu de temps ? Quelle est son espérance à lui au fond de son propre gouffre ?

 Le miracle de la vie


La vie revient peu à peu, un œil bouge, un rictus sur le visage, un orteil, une main et c’est tout le corps qui se réveille, renaissant à la vie.
Le tombeau se transforme soudainement en espace de rencontre, dans le jardin…pas très loin de ce lieu abyssal qui l’attend.
De visage à visage, de regard à regard, de sourire à sourire… plus rien ne compte, simplement cet instant joyeux des retrouvailles qui prend aux entrailles. Un regard en dit plus long que n’importe quelle parole, un silence qui vaut tout l’or du monde… Oui, ce n’est pas ce que je dis qui se transmet, mais ce que nous sommes en vérité…
Ce qu’il a pu être n’est plus… se donne alors toute la profondeur de l’humanité, toute la grandeur de la dignité humaine dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus faible, dans ce qu’elle a de plus grand et de puissant ! Étonnant ! Alors tout bascule, ce sur quoi ma vie était bâtie s’écroule… les fondements s’inversent et laissent pointer l’Amour véritable qui transfigure. Déstabilisée mais pas effondrée, blessée mais toujours debout…

Transmettre et Espérer c’est se laisser transformer par un autre, par l’Autre. C’est entrer dans une expérience de liberté, d’hospitalité, d’écoute mutuelle dans ce qu’elle a de plus humaine, de plus charnelle… changer de regard, se laisser déranger….
Au cœur de l’expérience, vivre l’amour inconditionnel qui anime toute vie et accepter cette conversion du cœur. L’Esprit a bel et bien balayé ce qui obstruait mon jugement sur l’être aimé !

 Il est parti…


3 semaines après son retour, il est parti.
Je ne l’espère plus, je vis de sa présence et me laisse renouveler par son amour, transcender par celui du Crucifié Ressuscité.
Faire l’expérience de naître et renaître de l’eau et de l’Esprit, (Jn3) c’est se savoir « né de Dieu » et vivre en cohérence avec ce don.
Sans cesse, il nous faut nous remettre en route, sans cesse rejoindre Dieu par les autres, par ce qu’ils nous apprennent de Dieu lui-même, de la vraie vie…

 Une expérience de salut

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » Mt 25



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