Banalité des jours

vendredi 8 décembre 2017
par  Sr Jeanne Signard
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Il suffit de peu pour nous rappeler l’écoulement des jours et la fragilité de l’existence : une rencontre fugitive, un visage buriné, un enfant qui mord dans la vie à pleine dents, un jeune qui rêve de changer le monde, une photo un peu jaunie, une attente déçue, un rêve auquel il faut renoncer.

Oh, ce n’est pas la grande dépression, mais un certain marasme, l’usure du temps qui lentement, insensiblement rouillent les gestes quotidiens, l’impression d’avoir raté quelque chose, d’avoir peiné quelqu’un, sans que cela soit toujours fondé. On butte sur son impuissance à vivre pleinement. On se voudrait autre sans trop savoir qui, on voudrait être ailleurs sans trop savoir où. On se dit qu’on aurait pu, qu’on aurait dû. Il nous faut alors beaucoup d’énergie pour accomplir les gestes les plus ordinaires, toujours les mêmes, pour glisser notre mot dans une conversation, pour proposer ou demander un service. On ne se reconnaît plus : « Ce n’est pas moi, ça ! »

Pour endurer ce marasme, deux solutions : « Prendre SUR soi » ou « prendre EN soi ».
1-« Prendre sur soi ». Notre éducation, une certaine conception du courage nous ont appris à « ne pas s’écouter », à ne pas laisser paraître ses ennuis, à ne pas les laisser peser sur les autres. Les petites ou grosses voix de l’enfance nous reviennent : « Ne fais pas cette tête », « fais un effort », « pense aux autres ». Alors, on ne laisse rien paraître. On continue à distribuer des sourires, sans joie. On rit avec ceux qui rient et on pleure avec ceux qui pleurent. On reste aux yeux de tous, celui ou celle sur qui on peut compter. Il se peut même qu’on en fasse plus qu’avant. On a l’impression de n’être pas compris. Mais comment nous comprendre si nous faisons toujours « comme si » ? Ceux qui nous entourent ne peuvent pas deviner ce qui se cache derrière un sourire crispé, un « oui » murmuré ou tonitrué ! On s’enfonce silencieusement dans une solitude de plus en plus grande.

2-« Prendre en soi ». Se pauser. Cesser « d’aller vers ». Devenir une hospitalité vivante pour ce qui vient, pour ce qui advient. Descendre loin en soi pour y accueillir ce nouvel inconnu que nous sommes devenus à nos propres yeux. L’écouter, lui accorder un peu de repos. Retrouver le sens des actes qui tous les jours s’imposent. Prêter une oreille plus attentive aux paroles mille fois entendues et deviner la joie, la tristesse, le mécontentement ou la peur qui se cachent dans la routine des mots. Discerner à quoi nous pouvons dire « non » avec douceur et fermeté, pour redevenir capable de dire « oui » en toute joie et liberté. Cultiver l’art de « l’ici et maintenant », en faire notre nourriture et la faire goûter à d’autres.
Entendre le murmure de l’eau vive sourdre à nouveau dans le puits desséché de notre cœur.

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Les paysages retrouvent alors leurs couleurs, les visages familiers leur éclat ; chaque jour est un jour neuf, un jour qui n’a jamais été vécu, que personne depuis la création du monde n’a vu, un jour qui ressemble aux autres mais qui n’est pas le même, un jour neuf avec des minutes neuves. Les devoirs et les taches quotidiennes deviennent routine heureuse, humble expression de l’amour. Nos rencontres, usées par l’habitude, nous font d’incroyables surprises. Et voici que chaque jour redevient un bon jour, chaque heure une bonne heure.

« Puisque chacun de vos jours est le premier
Puisque chaque heure qui passe est un commencement…. »
Que vos pas vous conduisent vers la source qui est dedans
Qui est aussi devant et qui n’attend que de vous éblouir »
(M. Scouarnec)

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Commentaires

Banalité des jours
dimanche 10 décembre 2017 à 18h04 - par  Armandine Bagot

Merci Jeanne…un beau cadeau pour le 8 décembre !…
Marie de Nazareth a-t-elle connu la « banalité des jours » telle que tu la décris si bien ? sans doute pas ? a-t-elle connu le vieillissement ???
Mais bien des héritières de Marie Balavenne l’ont connu avant nous et ont vécu avec une grande sagesse, celle que tu évoques, la banalité de son quotidien…
Certaines voix déplorent qu’on mette tant l’accent sur la précarité de l’âge et les « pertes » qui en résultent.. mais ton article nous donne une recette qui nous fait voir ses pentes ensoleillées…
Merci !

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