Mardi 28 juin 2011

« Soeur Madeleine soigne les plaies de Lanriec »

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Ouest-France / Bretagne / Concarneau Soeur Madeleine soigne les plaies de Lanriec mardi 28 juin 2011

Cela va bientôt faire 40 ans que soeur Madeleine vit à Lanriec, quartier qu’elle n’a jamais voulu quitter.

Elle fait partie de la communauté des soeurs, installée dans les HLM de Lanriec depuis 1973. Infirmière à la retraite, Madeleine n’hésite pas à frapper à la porte de ses voisins. Nous sommes arrivées en 1973, quand la première tour a poussé à Lanriec. Personne ne se connaissait. Le quartier s’est établi dans un ensemble très solidaire. Les familles et les enfants étaient très nombreux. Dans une cage d’escalier, on trouvait de 35 à 40 enfants scolarisés.

À l’époque, beaucoup de personnes travaillaient à la criée, comme pêcheurs ou dockers. Tout le quartier était cultivé. Il y avait notre immeuble et puis des champs. On habitait le bâtiment A. Tous les autres immeubles ont été construits après.

Nous étions cinq religieuses au début. Deux enseignantes et trois infirmières. Moi, j’ai travaillé pendant dix ans à l’hôpital, puis pendant dix ans comme infirmière à domicile. Petit à petit, on s’est fait connaître. On était en habit religieux. On prenait les enfants en main, on faisait de l’aide au devoir. Et puis les jeunes ont grandi, les couples se sont mariés.

Dans les années 1980, beaucoup de ces jeunes couples se sont séparés. On était très souvent appelées parce qu’il y avait des scènes de ménage. J’ai connu les gens dans ce qu’ils vivaient de bon et de moins bon. L’alcool, le chômage, la pauvreté. Certains ne mangeaient pas de viande. Mais il y avait toujours du poisson !

Nous avons eu de belles fêtes ! Tout au début, l’ambiance était bon enfant. Maintenant, c’est différent. Il n’y a plus de fête de quartier. Plus de gardien depuis six mois. Plus de local pour se réunir depuis trois ou quatre ans. On se sent un peu abandonné.

Maintenant, nous sommes trois soeurs dans l’appartement. Soeur Simone, soeur Anne et moi-même. Moi, je visite les malades, les personnes seules. En tant qu’infirmière, j’ai été proche de la souffrance, de la vie des gens, ça fait partie de moi-même. J’aime vivre au milieu des gens, c’est mon charisme.

Nous sommes très demandées à Lanriec : pour conduire les personnes à l’hôpital, faire une course… On essaie d’accompagner les gens, de créer des relations. On est en quelque sorte des agents de paix dans la cité. Aujourd’hui, j’ai l’impression que les gens ne se connaissent pas. Quand notre voisine est décédée, personne ne s’est soucié de son sort.

Recueilli parThomas SEGUI

Voir en ligne : Ouest France