Vendredi 21 juin 2013

« S’entre-tenir »

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La difficulté de communiquer est-elle une condition normale de notre humanité ?

Quand nous parlons d’entretien, de nous entretenir, nous pensons d’abord à une conversation. Mais dans s’entre-tenir il y a se tenir ensemble. Existerait-il quelques recettes pour bien nous tenir ensemble et converser avec bonheur ?


Les plus pessimistes disent que les relations humaines ne sont que des suites de malentendus ; les plus optimistes prétendent que la miraculeuse exception existe et qu’elle suffit à illuminer toute leur existence ; d’autres encore, plus réalistes, se consolent en se persuadant que la difficulté de communiquer est la condition normale en humanité.

Nous ne sommes pas toujours bien branchés, pas toujours sur la même longueur d’ondes ; il y a brouillage sur la ligne ; les postes émetteurs et les postes récepteurs s’accusent mutuellement de ne pas trouver la bonne "fréquence" ou d’avoir « décroché » sans prévenir. Il nous arrive de nous livrer à des interprétations hâtives et des jugements infondés.

En réalité, nous nous cherchons, nous nous ratons, nous nous retrouvons, nous nous fâchons, nous nous réconcilions, nous jouons à cache-cache entre nous ! C’est ainsi que les humains s’entretiennent. Si vous vous y reconnaissez, dites-vous simplement que vous faites partie de la race humaine.

Telle personne se montre ingénieuse quand il s’agit d’obliger quelqu’un à faire ce qu’elle désire, estimant que c’est « pour son bien », telle autre est très rusée quand il s’agit d’échapper à celui qui veut la contraindre à faire quelque chose malgré elle. Vous avez aussi celui ou celle qui, soucieux d’être conforme à l’attente des autres à son égard, cède au besoin d’être « bien vu » et tombe dans la facilité immédiate de la soumission, au risque de se transformer peu à peu en « carpette ».

Nous prétendons vouloir résoudre nos problèmes, sortir de nos impasses. Mais parfois, nous donnons l’impression de tout faire pour ne pas trouver de solution.

Vous connaissez l’histoire de ce passant que vous croisez un soir dans la rue et qui semble chercher quelque chose sous un réverbère ?
Vous vous arrêtez et vous lui demandez :
« Vous avez perdu quelque chose, Monsieur  ?
« Oui, j’ai perdu mes clefs ! » répond-il.
Voulant venir à son aide, vous scrutez le trottoir. Ne voyant rien, vous lui demandez :
« C’est bien ici que vous les avez perdues ? »
« Non, c’est là-bas, mais là-bas il n’y a pas de lumière !  ».
 
S’il trouvait ses clefs, plus personne pour faire attention à lui, personne pour lui adresser la parole ! Rien n’est pire que de tomber dans l’indifférence.
Cette histoire peut s’interpréter aussi comme une parabole. N’arrive-t-il pas à certains de chercher Dieu sous les réverbères, en pleine lumière, alors qu’il se révèle tout autant et plus encore « de nuit », dans la solitude ?

Peut-être sommes-nous de ceux qui ne vivent que pour aider les autres à trouver solution à leurs problèmes. Nous risquons alors de voir des problèmes partout et de prétendre avoir solution à tout. Et là c’est une autre histoire :

Imaginez que vous faites le voyage Paris-Brest dans un de ces trains d’autrefois où on pouvait soulever les vitres. Face à vous, un vieux monsieur se lève régulièrement pour jeter par la fenêtre une poudre mystérieuse. Intrigué, vous lui demandez :
« Mais quelle est cette poudre que vous jetez par la fenêtre ? »
« C’est une poudre de ma composition, pour chasser les éléphants !  »
« Mais, Monsieur, il n’y a pas d’éléphants par ici !  »
« C’est bien la preuve que ma poudre est efficace ! » répond-il.
 
Le désir de trop de bien, peut-il nous leurrer à ce point et déformer la réalité, jusqu’à l’illusion ? La prétention d’être sauveteur professionnel peut-il nous conduire à dépenser notre énergie en vain et nous éloigner de ceux qui attendent notre aide ailleurs ou autrement ?