Jeudi 5 mai 2016 — Dernier ajout samedi 16 juin 2018

Regarder le ciel Enregistrer au format PDF

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Regarder le ciel qui échappe à toute emprise, ne serait-ce pas rêver d’horizons illimités ?…

Regarder l’immensité du ciel, c’est lever la tête… pour imaginer l’impossible, ou rêver d’un ailleurs…

Et quand la contrainte est trop dure, que les jours gris se succèdent sans pouvoir décoller d’un réel opprimant, le cœur se met à soupirer : « ô ciel ! »…. comme pour implorer une puissance supérieure capable de vous sortir du pétrin et de sécher vos larmes Les Anciens peuplaient déjà cet espace d’êtres magiques chargés de veiller sur eux.

Que le ciel soit uniformément azuré ou qu’il soit chargé de nuages menaçants ; que les nuits soient scintillantes d’étoiles ou d’un noir profond, regarder le ciel, c’est aussi contempler l’œuvre de Dieu :

"A voir le ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui !"

ps.8

Le ciel ; « un châle très précieux et très pur qui nous enveloppe parce que nous sommes beaux et précieux aux yeux de Dieu » écrit Jean Claude Lavigne. Tissé de douceur pour protéger notre fragilité. « C’est un vêtement de bonheur dans lequel la terre joue, faisant naître de ce jeu, le temps », écrit le même auteur. Mais le jeu de la terre est sous l’emprise d’ambitions humaines devenue folles. Et cela nous joue de mauvais tours ! Mépriser le ciel en ternissant sa pureté, l’obnubiler… détruire sa couche d’ozone : quelle insulte au Créateur !

Les croyants de la Bible savaient lire dans les constantes métamorphoses du ciel, le récit de la gloire de Dieu ;

"Les cieux racontent la gloire de Dieu, le firmament proclame l’œuvre de ses mains" (Ps 19)

Dans l’arc en ciel qui accompagne les orages, ils ont vu la manière dont Dieu parle de son Alliance avec la Terre... car Dieu, l’Unique, ils le situaient dans le ciel. Le ciel a partout été reconnu comme le domaine des dieux, le lieu du divin. « Du haut du ciel, Dieu regarde tous les habitants de la terre ; il voit toutes leurs actions » et les désirs de leur cœur.

La venue de Jésus-Christ sur notre terre abolit la distance entre le ciel et la terre. Venu du ciel, il sait qu’il doit y retourner (Jn 6, 62). Et dans ce laps de temps passé sur terre,, il nous apprend à connaître le Père. Vers Lui, Jésus, revêtu de son talit (châle de prière) à la manière juive, levait les yeux au ciel, lieu de la Gloire de Dieu, et priait son « Père qui est aux cieux ».

En cette fête de l’Ascension, nos regards se tournent vers le ciel, comme l’étaient ceux des disciples, surpris sans doute de voir Jésus s’élever et une nuée le soustraire à leurs yeux. Il venait de leur annoncer qu’ils recevraient du Père (« d’en haut ») l’Esprit Saint qui ferait d’eux « les témoins » (de sa vie ressuscitée) En restant les yeux fixés au ciel, rêvaient-ils d’aller eux aussi sans trop tarder vers ce ciel, lieu de béatitude, où - ils l’avaient entendu - Jésus allait leur préparer une place ? Les deux hommes en blanc viennent les tirer de leur immobilisme. Ce Jésus reviendra… mais pendant l’attente de son Retour, il y a autre chose à faire que de rester les bras croisés ou regarder le ciel. Vivre sur cette terre d’une façon nouvelle  : laisser jaillir en soi le désir insatiable de Dieu et entrer dans son intimité… travailler à faire de la terre une image du ciel en y introduisant de l’harmonie et davantage de paix…. pour que « son règne vienne et que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Le théologien D. Boehoeffer disait en 1929 : « C’est seulement au travers des profondeurs de notre terre, seulement au travers des tempêtes d’une conscience d’homme que s’ouvre le regard sur l’éternité.[…] l’homme qui veut quitter la terre, l’homme qui veut sortir du présent perd la force qui le maintient debout par des puissances éternellement mystérieuses. la terre demeure notre mère comme Dieu demeure notre Père ; et celui-là seul qui demeure fidèle à la mère, elle le remettra dans les bras du Père… »

Avec la force créatrice de l’Esprit, faire de la terre un ciel : c’était le souhait de St Jean Chrysostome