Vendredi 24 juin 2011

Psaume 139 Enregistrer au format PDF

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Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais ! Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ; de très loin, tu pénètres mes pensées. tous mes chemins te sont familiers.

C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis.

Etonnantes sont tes œuvres toute mon âme le sait. Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret.

Dieu CREATEUR

L’acte créateur est au cœur du psaume."Le loin et le proche sont nécessaires pour entrer dans la vérité de l’acte créateur. Toute la pensée de la création est dans ce va-et-vient que le psaume 139 décrit : « savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre. »" (Paul Beauchamp)

Le psalmiste, à travers cette louange au Dieu qui sait tout, voit tout et qui est à l’origine de tout, nous rappelle que l’homme n’est pas maître de sa destinée mais que c’est Dieu qui en est le maître.

La Sagesse de Dieu est insondable, mais Dieu peut sonder les cœurs et les reins. La sagesse de Dieu ne se révèle-t-elle pas dans cette reconnaissance qu’a l’homme pour l’œuvre prodigieuse qu’il est ? « Que savons-nous des origines de l’humanité ? (…) Nous mesurons l’importance de ce problème si nous méditons un enseignement classique de nos rabbins : ‘Si tu veux savoir où tu vas, considère d’où tu viens’. Nous savons qu’il est un Dieu créateur et ce que signifie l’acte créateur (Gn1,1). Nous avons appris ensuite que le monde est tout d’abord vide et chaotique (Gn1,2). C’est en quelque sorte une description statique de l’état premier du monde. Avec le verset 3 ‘Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut’, nous entrons dans la phase dynamique de la création. De toute évidence, l’apparition de la lumière constitue une mutation spectaculaire au sein du chaos primitif. Cependant, quand on y regarde de plus près, on découvre que cette mutation est précédée par un autre événement qui la conditionne, une première mutation en réalité : Dieu parle. (..) Pour la mentalité hébraïque, la création véritable est celle qui se produit par la parole. » (Josy Eisenberg & Armand BECASSIS A Bible ouverte. La Genèse ou le Livre de l’homme. p.55)
Dieu a créé l’homme avec patience et délicatesse. Nous pourrions presque voir l’intervention d’un Dieu doté de qualités féminines : « tu m’as tissé, brodé.. » Le psalmiste, en nommant la mère, revient à ce qui fait le commencement de son humanité et plus largement ce qui est à l’origine de l’humanité, du principe du genre humain. En faisant retour au jour et à la nuit, il s’inscrit dans la totalité de la création.
Ténèbres et lumière sont des termes qui ne sont pas sans faire retour aux théophanies et aux alliances que Dieu a faites avec son peuple. (cf.Dt.5, Ex.20, Gn.5…)

Connaissance – Reconnaissance

Le Dieu puissant, immuable, in-atteignable et infini, se trouve proche de l’homme jusqu’à devenir plus intime à l’homme que lui-même. Le verbe connaître, utilisé 7 fois dans le psaume indique une proximité expérimentée. Dieu a l’initiative de la rencontre et de la connaissance, c’est ce qui fait le mystère de l’élection.
A travers une théologie de la Création par la connaissance, se déploie le mystère de l’élection. Il est aussi à rappeler que le verbe « connaître » aux multiples interprétations, peut être traduit par élire. La connaissance est réellement ce qui est central dans ce psaume, connaissance de Dieu envers l’homme et re-connaissance de l’homme envers Dieu. Le psalmiste, en situant l’acte créateur par la connaissance, la vision et la Main, situe l’homme au cœur de la pensée et de la vision de Dieu. L’homme au centre de la préoccupation de Dieu. Pour une fois dans le psaume, ce qui est mis en valeur c’est le prodige qu’est l’homme (v.14). C’est la glorification de l’homme en Dieu.
Le psalmiste reconnaît la puissance de Dieu à travers sa propre expérience personnelle d’homme né de Dieu. Il se sait élu, choisi par Dieu. Cette intimité du Créateur avec le créé s’inscrit dans une lignée de générations passées et futures. Passées, par le rappel de la création d’Adam, le premier homme : rappel par l’intermédiaire de cette masse informe qui n’est pas sans allusion au potier qui façonne l’homme à partir de la terre ; de même un passé inscrit dans un Livre qui est sans doute le Livre des générations, où plusieurs sont déjà inscrites et où les générations à venir vont trouver leur place. Le futur est signifié par cette allusion à la résurrection, en tout cas par une vie après la mort : « je me réveille et je suis encore avec toi. » (Verset n’ayant aucune occurrence dans l’Ancien Testament)

Fragilité de l’homme face au péché – Justice et Loi de Dieu

Enfin, la fin du psaume, plus axée sur le péché, invite à la mort au péché (et non à la mort du pécheur). Cette supplication s’inscrit dans l’acte créateur qui vient révéler la justice de Dieu. Loi et création ne sont pas déconnectées. Le psalmiste réfute l’idolâtrie en dénonçant ceux qui prononcent faussement le nom de Dieu. Pour parvenir à l’intimité avec le Créateur, il faut hair le péché, qui est extérieur à l’homme. Bien que proche du Livre de Job, de par son vocabulaire, sa forme poétique, et la conclusion du poème, le psalmiste n’emprunte pas le même chemin pour arriver à la même conclusion. Dans le Livre de Job, « le poème s’achève sur la reconnaissance de la sainteté divine, sainteté qui dépasse infiniment l’imagination des hommes et même les notions qu’ils se font de la providence et de la bonté de Dieu. » Dans Job, le poète se sert de la souffrance pour expérimenter que l’homme ne peut pas vivre seul et qu’il a besoin de Dieu. Dans le psaume 139, c’est la reconnaissance du prodige, de la merveille qu’est la création et en particulier celle de l’homme qui domine. L’homme garde la liberté d’emprunter deux chemins : celui d’éternité, dans l’intimité avec Dieu, passant par la Loi qui est Le chemin, ou bien, prendre le chemin des idoles et des impies. L’homme se sait fragile, il demande, supplie Dieu de rester plus intime à lui-même que lui-même.

Le psaume est finalement un extraordinaire acte de foi et d’espérance. Pour résumer, le psaume 139 s’articule très bien avec l’ensemble des psaumes car il s’inscrit dans les trois grands thèmes qui font l’ensemble du psautier à savoir : « la voie des ténèbres, le jugement de Dieu et la voie de lumière » mais il demeure unique quant à la situation de l’homme dans la pensée et la vision de Dieu.

Si vous êtes visuels, consultez ce schéma qui reprend de manière synthétique la dynamique interne du psaume.

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