Lundi 8 janvier 2018 — Dernier ajout lundi 12 mars 2018

Mon premier Noël au Pérou…

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4e mois et premier Noël ! Ici pas de décorations comme en France ! Même si on sent l’effervescence, il y a du monde dans les rues, au marché. Il y a quelques décorations dans les maisons, sur les arbres de la place de Huaura. On entend des chants de Noël à la radio et dans les églises, les crèches arrivent.

La semaine qui précède Noël, il y a beaucoup de groupes paroissiaux ou associations, qui offrent des cadeaux et du chocolat chaud pour les enfants et les familles en difficultés ou qui arrivent dans les nouveaux quartiers. On sent ce besoin de partager, la solidarité est très présente.

Quelques jours avant Noël, on fête « El nino Jesus », l’enfant Jésus. Dans l’église il y a une grande statue de l’Enfant Jésus, qui porte un vêtement. Beaucoup de gens viennent avec leurs petites statues de l’enfant Jésus, pour la faire bénir. Le premier soir, à la fin de la messe, les gens entonnent un chant très joyeux et tapent dans leurs mains. A la sortie, un groupe offre à chaque personne présente, des bonbons, et un petit bijou ou le livre pour le chapelet del Nino Jesus. A la fin de la messe, des musiciens présents accompagnent l’Enfant, puis tout le monde part en procession dans les rues autour de l’église. Le lendemain, ça recommence.

La crèche est installée la veille de Noël. Un groupe de personnes va chercher des plantes dans la Cierra pour la décoration. La crèche est immense. Plus de 4x3m ! La messe de Noël est à 20h/20h30, il y a une procession d’entrée avec les enfants de la chorale habillés en costume, gants blancs et chapeau de Noël avec les lumières qui clignotent ! Le prêtre suit. Avant la bénédiction finale, il y a une petite scénette qui parle de l’annonciation et la naissance de Jésus. Elle est jouée par des adultes qui sont également en costumes. Un vrai bébé est amené pour être mis dans la crèche. Les gens se précipitent pour prendre des photos. Après la bénédiction, les gens viennent en procession embrasser la statue de l’Enfant Jésus.

Là encore, avant la messe, comme après, une foule de gens amènent leur statue de l’enfant Jésus pour qu’elle soit bénie. C’est impressionnant de voir leur ferveur. La statue est posée sur un petit tissu. Elle est portée avec beaucoup de respect, de soin et d’attention. Nous avons invité un prêtre, ami de la communauté, à venir partager le repas. Et à minuit, c’est une pluie de pétards, feux d’artifice ! Les gens sortent dans la rue et se souhaitent un « feliz Navidad » ! Il paraît que pour le 31 décembre, c’est pire, ça promet !!! Et le jour de Noël, nous avons invité une dame qui vient s’occuper des fleurs de la maison. Elle est seule, et n’a pas beaucoup de moyen.

L’après-midi Francy a été appelée pour accompagner l’enterrement d’une femme de 44 ans, Rosa, qui habitait à Vilcahuaura. Un petit village à 5km environ de Huaura, avec des maisons très simples, sans goudron dans toutes les rues. Beaucoup de gens sont dehors. Nous arrivons dans la rue, la maison. est dans un cul de sac. Le fils 18 ans, le mari, les parents, la famille, voisins, amis sont là, tous très affectés. Nous entrons dans la pièce où se trouve le cercueil. L’émotion est forte. Les hommes sortent le cercueil pour que les gens puissent entendre Francy dire les prières. Le père s’effondre sur le cercueil. L’émotion est bien palpable. Difficile de ne pas partager la peine des gens. Il y a une fanfare, avec 7/8 hommes qui jouent de la trompette, batterie, saxophone. Au moment de fermer le cercueil et d’entamer la procession dans les rues, ils s’approchent et jouent très fort pour couvrir les pleures, et les cris. C’est très impressionnant. On sent les gens proches les uns des autres. Chacun est là pour soutenir, porter, amener un verre d’eau, une chaise… Les hommes portent le cercueil, la musique commence et ils se mettent à danser réellement avec le cercueil sur l’épaule ! Les gens tapent dans leurs mains. La procession commence. On traverse les rues où il y a les maisons de la famille et devant chaque maison, on s’arrête, il y a une prière et puis les hommes inclinent le cercueil 2 ou 3 fois. Puis la procession continue. Tous les voisins sont sur la porte de leur maison, ou aux fenêtres.

Nous allons à pieds au cimetière qui est à plusieurs km. La foule est impressionnante, plus de 300 personnes, de tout âge. En France souvent, on veut protéger les enfants en leur cachant la mort. Ici non. Ce sont les petits cousins, voisins de 8/10 ans qui portent les compositions de fleurs tout au long du chemin, en tête de la procession, avec un homme qui porte une croix, où sont inscrit le nom et l’âge de Rosa.

La musique ne s’arrête pas. A plusieurs reprises, il y a une pause, une prière et l’on repart. Nous traversons les rues, puis nous sortons de la ville, pour arriver dans les champs de maïs, et puis tout au bout, le cimetière. Des gens sont déjà arrivés. Devant l’entrée, différents groupes de personnes proches, se mettent à porter le cercueil et dansent ! Il y a même un groupe de femmes, des cousines qui portent et dansent. A la fin, on applaudit. Et puis, tout le monde entre dans le cimetière. Il y a quelques témoignages, puis vient le temps de l’inhumation. Les cimetières d’ici sont différents, car souvent les cercueils sont superposés. C’est un peu comme dans les columbariums, sauf qu’au lieu de mettre des urnes, on met les cercueils. Tout le monde reste jusqu’au bout. Les derniers cris, pleurs, la fanfare qui joue : « ce n’est qu’un au-revoir ». Et chacun s’en retourne chez soi. La famille reçoit les amis pour partager un modeste repas.

De retour à la maison, nous allons souhaiter un Joyeux Noël à Lily, notre voisine. Elle a eu beaucoup de visites. Une de ses sœurs est là, elle est chanteuse professionnelle. Nous commençons à entonner des chants de nos différents pays. C’est la joie, les rires ! Du bonheur partagé….

Ca peut paraître étrange de dire ça, mais ce jour est pour moi, comme un cadeau. Pouvoir partage les émotions joyeuses ou tristes, avec les gens vers qui nous sommes envoyées. Je pense à l’article 22 de notre Règle de Vie : « Vivre la Pâque dans la Mission, c’est nous laisser convertir à la tendresse de Dieu et à sa justice, dans la désappropriation de nous-mêmes et l’ouverture aux joies et aux souffrances du monde…. »

Partager simplement, être avec, rien de plus…

Vos témoignages

  • Marie-France Cavaloc 3 février 2018 16:24

    Isabelle et toute la communauté, Journée bien remplie et pleine d’émotions. C’est bon de partager ces moments forts avec la population. Dépaysant, certes et en même temps, trouver le sens dans ces pratiques humaines et chrétiennes est très riche. Bon courage pour continuer vos découvertes et partager « dans le peuple » l’amour qui vous fait vivre.

  • Marie-Thérèse Guého 13 janvier 2018 21:27

    Que « El nino Jesus » vous bénisse et vous garde tout au long de cette nouvelle année, vous et toutes les personnes dont vous partagez la vie ! Cet émouvant récit nous montre combien vous êtes en communion avec ces gens de Huaura. Un peu de votre joie de Noël arrive jusqu’à nous ici en Bretagne !

  • Odile Désire 11 janvier 2018 20:28

    Bravo Isa de nous partager ton premier Noël au Pérou ! Cela nous fait vibrer à la foi populaire présente là-bas.