Dimanche 3 juin 2018 — Dernier ajout mercredi 13 juin 2018

Embrasse le présent

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« Des êtres existent dont la parole est un peu plus silencieuse que celle des autres, des êtres qui n’ont jamais été entendus ni glorifiés. C’est leur chance ; des êtres dont les souvenirs et les regrets ont été tamisés par l’expérience, devenus légers, ne portant en eux que le parfum de la vie comme une invitation à la ressentir, à la dépouiller de ce qui l’encombre. » (Jean Sulivan)

Ces personnes sont proches de tous, sans prétendre connaître quiconque. Elles savent que s’approcher de l’autre, non seulement du Tout Autre mais de tout autre, c’est se tenir au seuil de mystères inépuisables.

Elles ont appris le miracle de tout visage. Elles écoutent avec respect les regards insaisissables, les chagrins inconsolables, les fissures irréparables, les blessures qui disent que l’amour a passé par là. Elles ne jugent pas, elles ne forcent personne à se dévoiler. Naguère toujours prêtes à aller de l’avant, aujourd’hui elles guettent les désirs, les devinent et attendent un signe, un appel pour avancer.

Elles ne sont pas prisonnières de leur passé, ni de celui des autres. Elles savent qu’on ne peut pas l’effacer, mais elles ont appris qu’il peut prendre la couleur d’un « présent ». Ce passé, elles en font leur nourriture. En l’assumant, elles en font une assomption. Leurs erreurs se dénouent en sourires ou en paisibles excuses, car elles savent que l’erreur les humanise. Leurs fautes conduisent à des relations renouvelées par la demande de pardon.

Elles ne sont pas inquiètes pour l’avenir. Elles font confiance, comme l’enfant qui vit l’instant, seul moment qui touche l’éternité, seul lieu où se tient la vie. Elles s’y plongent, elles s’y baignent, elles l’embrassent et y savourent un goût nouveau des autres. Comme disait Rilke, « La vie ne se tient qu’en ce lieu où tu l’embrasses ».

Elles se sont allégées de tout ce qui pèse. Revenues de leurs voyages, elles ne vont plus chercher dehors la vie qui est dedans. Elles savent que pour elles, le septième jour est arrivé, où Dieu se cache dans la douceur du simple repos et se fait silencieux pour mieux les rejoindre. Ce silence devient leur chaud manteau d’hiver, le sourire de leur Nième printemps, une brise légère au cœur d’un été fiévreux, un fruit savoureux dans la corbeille de l’automne. Il devient leur unique prière, le compagnon de toutes leurs paroles secrètes qui sont comme des cadeaux. On ne sait si leurs pensées ont fleuri dans leur jardin si longtemps et si soigneusement labouré, ou si elles viennent d’un ange descendu du ciel pour une nouvelle annonciation.

Si vous avez la chance de rencontrer une de ces personnes, arrêtez-vous, écoutez ses paroles de sagesse serties de silence, embrassez-la et vous ne serez pas loin du « Royaume ».

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