Jeudi 29 mai 2014

A chaque âge ses joies et ses peines. Enregistrer au format PDF

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D’âge en âge…

Tu es jeune et tu as le sentiment que tout est possible. Tu explores, tu fais de multiples expériences toutes plus passionnantes les unes que les autres. L’idée de souffrance et d’échec t’effleure à peine devant ce qui t’est donné à vivre. Il te semble absurde d’être raisonnable et de mette un frein à tes élans. L’avenir est grand ouvert devant toi. Aucune limite à tes forces, que tu mets généreusement au service d’une et même de plusieurs nobles causes. Tu dis « oui » à tout ou presque tout ce qui, sans te l’avouer, t’attire estime et considération. A moins que tu te réfugies dans ta timidité tellement tu crains de ne pas recevoir l’attention dont tu as besoin ou que la crainte d’un échec te paralyse. Tu t’indignes devant l’injustice, la passivité, les habitudes. Le temps des responsabilités n’est pas encore venu pour toi, mais si tu étais à la place des responsables, tu sais ce que tu ferais pour résoudre les problèmes !

Puis vient le temps où une évidence s’impose : la vie que tu as choisie n’est pas tout-à-fait celle dont tu avais rêvé. La routine s’installe : à table, au travail, à la prière. Tu te poses des questions que tu ne t’étais jamais posées et qui n’ont pas de réponse. Tu apprends qu’il est inutile de vouloir supporter l’insupportable ou de te lancer des défis impossibles à relever. Tu découvres qu’il est inutile de hurler face à ceux qui ne veulent rien entendre. Tu découvres que tu as terriblement besoin des autres. Tu apprends qu’il faut attendre de ceux qui peuvent donner quelque chose, seulement ce qu’ils peuvent donner et rien d’autre. Si tu penses qu’il ne faut rien attendre de ceux qui sont à l’heure de l’ultime pauvreté, parce qu’ils ont déjà tout donné, tu te trompes. Ils te feront cadeau de deux pierres, précieuses pour continuer ta route : la paix et la sagesse.

Un jour tu te réveilles et tu t’aperçois que tes certitudes t’ont quitté. Après avoir tant appris et tant enseigné, il faut désapprendre, abandonner toute évidence et cheminer dans le désert à la recherche de la vérité. Heureux es-tu si pour toi apparaît l’étoile que cachait le jour. Comme les Mages, elle te guidera vers le lieu de l’humilité, de la fragilité qui est aussi celui de la vérité.

La fragilité fissure tes carapaces et tes masques. Des larmes longtemps retenues coulent librement. Des larmes qui purifient ton regard, et voici que tu vois la vraie couleur de tout être et de toute chose ! Des larmes qui ont goût de sel, et voici que ce qui était fade devient goûteux. Désormais tu savoures chaque minute qui passe.

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Vient alors le temps de la lenteur. Loin des fausses urgences, elle te conduit vers ta demeure intérieure, cette contrée que tu as encore peu inexplorée et peu cultivée. Tu y rencontreras cet inconnu que tu es à toi-même. Tu y rencontreras Dieu qui t’attend depuis longtemps, depuis toujours. Il te fera entrer peu à peu dans son silence et sa patience. La douleur physique et la souffrance morale peuvent aussi frapper à ta porte. A travers cris et gémissements, l’étau enfin se desserre, et tu connais l’abandon, la forme suprême du don. Et tu acceptes la vie !

« Non pas une chose isolée
Non pas seulement cette frustration, cette injustice,
Cette privation, cette solitude.
Mais à la fois, mais en même temps,
Le soleil qui réchauffe, l’oiseau qui se balance,
La caresse du vent, le sourire d’un passant » (Marie S.)

Vos témoignages

  • marie-France Cavaloc 29 mai 2014 18:20

    Merci Jeanne ! oui, c’est vrai, « le jour peut cacher l’étoile ». Merci de le rappeler de si belle façon.

  • Thérèse Revault 29 mai 2014 15:14

    Merci , Jeanne, pour cette « parole » que je reçois comme une belle « annexe » au Livre de la Sagesse . Elle résonne fort en ce jour d’Ascension qui nous invite tellement à lever les yeux pour « voir au loin » ce qui se dessine et nous attend . Merci encore et communion fraternelle ++